Lundi 2 novembre 2009

 

Quand mon grand-oncle et mort, j’ai été la première étonnée d’apprendre qu’il m’avait choisie pour hériter de sa maison. Du strict point de vue généalogique, il avait un paquet d’autres héritiers bien plus proches que moi. Quand j’ai su qu’en plus j’étais la seule à hériter parce que cette maison était tout ce qui lui restait, je me suis vraiment posé des questions. Je savais bien qu’il n’avait pas trop la cote dans la famille, au moins autant à cause de ses excentricités que parce qu’il faisait tout son possible pour qu’on lui foute la paix, mais de là à ne garder que moi sur son testament… J’essayais de me souvenir de moments particuliers qu’on aurait pu partager lui et moi et qui aurait pu créer une sorte de lien privilégié entre nous, même si ce privilège m’avait échappé à moi, mais je ne voyais pas. A croire qu’il n’aimait vraiment pas les autres. Ou qu’il était bien meilleur qu’on le disait et m’avait choisie moi parce que j’étais celle qui s’en sortait le moins bien financièrement. De toute façon les autres semblaient s’en foutre : le notaire a mis un temps fou à me retrouver et il a semblé dire que la plupart des autres prétendants potentiels à cet héritage étaient soit morts soit encore plus introuvables que moi. Comme modèle de famille unie, on se posait là.

Le train n’allait pas tarder à arriver. Je devais retrouver un certain Jojo. Le notaire m’avait donné ses coordonnées en me disant qu’il s’occupait de la maison de mon oncle et qu’il me donnerait les clés et me dirait tout ce dont j’avais besoin pour « ouvrir la maison ». Un truc de la campagne, ça, quand on a besoin d’autre chose que tourner la clé dans la serrure pour ouvrir une maison.

-          Et c’est Jojo comment ?

-          Ah, euh… Jojo, c’est tout.

-          Jojo ?

-          Jojo, voilà.

Une chance, le Jojo n’avait pas de nom, mais il avait le téléphone, alors je l’ai appelé pour lui annoncer ma venue.

-          Ah ! Enfin, la p’tite artiss’ !

-          Pardon ?

-          Bah oui, vot’ Tonton, là, il parlait que d’ça tout l’temps ! Sa p’tite nièce artiss’…

Allons bon. Un grand-oncle que je n’avais plus vu depuis probablement une décennie parlait de moi comme d’une artiste à un… Jojo. Pas que j’aurais pas voulu l’être, artiste. Au contraire. J’avais tout fait pour. Etudes, voyages dans le monde entier pour apprendre d’autres savoir-faire, tout juste si j’avais pas fait la pute avec des artistes reconnus pour m’ouvrir les portes des galeries… mais au final c’est surtout en enchaînant les petits boulots que je m’en sortais. Et encore, à peine. Cet héritage était une aubaine : en revendant la maison je pourrais peut-être au moins payer mes dettes.

J’ai tenté de dissuader Jojo de venir me chercher à la gare, mais il n’a rien voulu savoir :

-          Et comment c’est qu’vous allez v’nir, hein ?

-          Je prendrai un taxi.

-          Ah ah ! Faites donc pas vot’ parisienne, va ! J’viens vous chercher et pis c’est tout !

Je n’ai pas eu de mal à le reconnaître dans le hall de la gare : il portait une affichette avec écrit dessus mon nom, en gros, d’une écriture appliquée d’enfant, ratures comprises. Il s’était plaqué les cheveux sur le coté et ressemblait à un premier communiant. A ceci près qu’il affichait bien 70 ans et devait peser 120 kilos au bas mot. Je suis allée vers lui :

-          Monsieur… Jojo ?

-          M’sieur Jojo ? Ah ah ! Elle est bonne celle-là ! M’sieur Jojo… Bien un truc de la ville, ça ! C’est Jojo tout court, ma p’tite, d’accord ?

-          Euh… oui, d’accord, pardon.

-          Ça doit vous faire bien plaisir de rev’nir, hein ? Enfin… j’veux dire, c’est triste pour l’Tonton, hein, mais la maison…

-          En fait je ne suis jamais venue.

-          C’est pô vrai ? Z’êtes jamais v’nue voir vot’ Tonton ici ?

-          Ben non. C’est que je ne l’ai pas vu lui non plus depuis assez longtemps.

-          Ah ça, je sais oui. Il en parlait souvent…

-          Ah ?

-          Oui, mais allez, laissons les choses triss’ pour les moments triss’ et v’nez découvrir vot’ nouvelle maison !

 

 

 

A suivre…

 

Par poupoune - Publié dans : nouvelles - Communauté : L'Essaim d'Esprits
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