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25 février 2012 6 25 /02 /février /2012 15:10

  

Quand je marche dans la rue, je regarde toujours les églises au cas où il y aurait une jolie mariée devant… Pour dire le vrai, je dois avouer que ce sont plutôt les mariées moches que je guigne, histoire de me moquer un peu en bonne vieille fille aigrie, mais là n’est pas le propos.

Ce jour là, point de mariée, laide ou non. Il faut dire qu’on était mardi et au premier coup d’œil, j’ai cru que l’église était fermée, avant de me rendre compte que la voiture qui stationnait devant était de toute évidence un corbillard. Les enterrements, c’est généralement moins drôle que les mariages – quoique certaines belles-mères tirent infiniment plus la gueule aux seconds qu’aux premiers – mais ça réunit la plupart du temps devant les églises des assemblées comparables, du moins en nombre. Alors ce corbillard esseulé devant cette église déserte, ça m’a fichu le bourdon et dans un grand élan de compassion, je suis entrée dans l’église pour tenir compagnie au pauvre bougre qu’on enterrait dans l’indifférence générale. Presque générale. Il y avait là, assise non loin du cercueil, une femme sans âge à l’expression indéfinissable. Je suis allée m’asseoir près d’elle en silence, pendant que le curé, qui semblait gravement se faire chier, marmonnait je ne sais quoi d’à peu près inaudible, probablement en rapport avec le défunt ou dieu. Ou les deux.

A peine avais-je posé mes fesses à côté des siennes que la vieille – parce qu’à la réflexion, oui, c’était une vieille – se retournait vers moi avec un regard assassin.

 

Qu’est-ce que vous faites là ?

Euh… je… euh… suis venue témoigner un peu de sympathie.

Pour ce vieux porc ?

Oui. Non ! Je… euh… oui, aussi, et… pour vous.

On se connait ?

 

D’un coup j’ai senti que mon élan empathique n’était finalement peut-être pas une si bonne idée. J’ai fait mine de me lever pour partir, mais la vieille m’a retenue avec force par le bras et m’a obligée à me rasseoir.

 

Vous êtes qui ? Vous êtes venue vous assurer qu’il était bien mort, c’est ça ?

Non, pas du tout, non… je vous ai dit, c’était pour être…

-  Vous êtes sa pute ! C’est ça ? C’est vous !

 

En cherchant du soutien, je me suis tournée vers le curé qui se signait en levant les yeux au ciel, sans que je sache si c’était à cause des jurons de la vieille ou si ça faisait partie de son rituel, ou peu importe comment on appelle les trucs que font les curés aux enterrements. Quoiqu’il en soit, je me sentais bien seule face à cette furie qui, toutefois, semblait un peu calmée quand elle a repris :

 

-  Vous vous rendez compte ? Il ne m’a jamais touchée, le vieux salopard… Monsieur préférait les jeunettes… Je ne peux même pas dire combien je lui en ai ramené, des gamines… J’ai été institutrice pendant quarante ans, alors avec un vivier pareil, je vous laisse imaginer, hein !

 

Je n’étais pas sûre de comprendre – pas sûre de vouloir comprendre – mais j’étais certaine de ne pas vouloir imaginer.

 

-  C’était pas un si mauvais mari… il me laissait souvent regarder, vous savez ? Mais du jour où j’ai été à la retraite… il n’a même plus voulu toucher les gosses que j’arrivais à lui ramener du parc ! Terminé ! Il s’est entiché d’une jeune institutrice et y en avait plus que pour elle et ses marmots à elle ! J’avais même plus le droit de regarder, rien ! Le vieux cochon… C’est vous, hein ? C’est ça ? C’est vous qui jouiez les rabatteuses, n’est-ce pas ? Et il vous laissait regarder, vous ? Hein, petite salope, vous regardiez ?

 

J’étais horrifiée. Autant par ce que je venais d’entendre que par le regard menaçant de la vieille folle. J’ai attrapé un prie-dieu et je lui ai fracassé le crâne avec.

En réalisant ce que je venais de faire, j’ai eu un regard affolé vers le curé, qui avait cessé de marmonner et tenait le cercueil ouvert, en m’indiquant du regard successivement le corps de la vieille et l’intérieur du cercueil. J’ai attrapé la vieille et je l’ai portée jusque dans le cercueil. Le curé l’a refermé et a appelé les types des pompes funèbres pour qu’ils aillent enterrer tout ça.

 

La prochaine fois, au lieu de m’incruster à un enterrement, je me contenterai d’aller jeter des cailloux à une mariée moche, c’est plus drôle et moins risqué.

 

 

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Published by poupoune - dans inspirationS
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commentaires

Cécile 29/02/2012 22:14

Vilaine! Vilaine! Tu t'es payée ma tête!! :)
Ouai enfin, on s'attache, on s'attache ça dépend à quoi tout de même... Remarque elle était peut être là pour pousser un ouf de soulagement aussi...

poupoune 02/03/2012 21:58



Ou pour s'assurer qu'il ne risquait pas de revenir.



Oncle Dan 27/02/2012 23:37

Dommage que les vocations se perdent...

poupoune 29/02/2012 08:15



Toute une époque qui fout le camp...



Pivoine 26/02/2012 17:07

C'est bien dans la ligne du reste, assez féroce... dans le genre cauchemar, c'est pas mal... J'ai ri o;) mais c'est vrai que c'est hard ...

poupoune 29/02/2012 08:14



Si tu as ri c'est déjà ça de pris ! ;o)



caro_carito 26/02/2012 11:03

tout te va toi, le noir comme le blanc !

poupoune 29/02/2012 08:13



Merci ;o))



Walrus 25/02/2012 19:37

Ben oui : quand y en a pour un, y en a pour deux !

poupoune 29/02/2012 08:13



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