J’ai la main sur la poignée de la porte. C’est indiscutable, je la vois de mes propres yeux, même si ma vue semble se troubler sous l’effet d’une étrange torpeur… J’étais pleine d’une énergie presque sauvage il n’y a pas trois minutes, mais je me sens maintenant comme éteinte. Absente. Mon regard reste fixé sur ma main, mais semble n’envoyer aucune information à mon cerveau.
J’ai la main sur la poignée de la porte. L’issue est là. Mon salut. Derrière cette porte. J’ai couru comme si je ne touchais plus terre pour l’atteindre, dans un effort qui m’a semblé inhumain à moi-même. Une force que je ne me connaissais pas m’a permis d’en dégager l’accès, qu’obstruait je ne sais quel meuble. J’entendais son pas derrière moi. Son souffle rauque qui se rapprochait. Sa présence menaçante dans mon dos.
J’ai la main sur la poignée de la porte.
Il m’a manqué un rien. Une seconde. Un souffle. Rien… J’ai la main sur la poignée de la porte et je commence à vraiment comprendre ce que je vois.
Il a fondu sur moi dans un éclair. Un reflet sur la lame. J’ai la main sur la poignée de la porte, mais le reste de mon corps est cloué au sol, inerte. Quand je réalise enfin que la distance entre ma main et mon bras n’est pas normale, l’image de cette poignée, agrémentée d’un si macabre ornement, m’arrache un sourire incongru et je meurs, presque heureuse.
Ecrit pour Les Impromptus littéraires : incipit « J’ai la main sur la poignée de la porte »
pour la bannière à Jérôme, l'homme aux mille talents !
c'est pas moi qui le dis...