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16 novembre 2009 1 16 /11 /novembre /2009 23:03


La première partie, c'est là.



 

Elle

 

-          C’est vous la parisienne ?

-          Euh… oui. Monsieur ?

-          Durange. J’suis l’maire. Z’êtes pas v’nue toute seule, hein ?

-          Si, pourquoi ?

-          Y m’avaient dit qu’y z’enverraient un commissaire.

-          Je suis commissaire.

-          Ah ? Ben ça… Z’avez pas pris un gars avec vous ?

-          Je suis tout à fait qualifiée et…

-          Mais oui, non, c’est pas ça. J’sais bien qu’y z’ont bien dû choisir quelqu’un d’bien, rapport au cousin d’ma femme, là… mais bon, vous savez, par ici, les étrangers, déjà, les gens y z’aiment pas bien ça, y s’méfient, alors en plus une femme…

-          Je m’en sortirai.

-          Dites, c’est vraiment la p’tite Lili, alors ?

-          La p’tite Lili ?

-          La fille à la Maud. Elle est pas rentrée hier.

-          Vous avez un gendarme du coin qui la reconnaîtrait ?

-          Ben y a Léon, qu’a d’jà dû la voir, ouais, mais y a longtemps… Mais j’peux vous dire, moi, hein…

-          C’est dur, vous savez, de voir… ça.

-          Mais ça vous aiderait de savoir vite, non ?

-          Bien sûr.

-          Et on va quand même pas d’mander à la Maud ?

-          Non. Non, pas maintenant.

-          Allez, montrez-moi.

Sympathique, le bonhomme. Gentil, sous ses airs bourrus. Je l’ai conduit près du corps que le légiste avait fini d’examiner. Il a eu du mal à réprimer sa surprise et son dégoût. On s’attend toujours à ce qu’un mort ressemble à un vivant qui dort. Il a hoché la tête et fermé les yeux avant de se détourner pour qu’on ne le voie pas pleurer. Je lui ai laissé le temps de se redonner une contenance et je suis allée vers lui.

-          C’est bien elle ?

Il a opiné gravement. Il était pâle comme un linge. J’avais peur qu’il tombe dans les pommes, mais il a toussé, secoué la tête et il s’est repris :

-          Lili Grandin. C’est bien la p’tite qu’est pas rentrée hier. J’espère que c’est pas l’Martin qu’a fait ça.

-          Martin ?

-          Justin Desrozes. Martin, c’est comme ça qu’on l’appelle, parce que tous les ânes… ‘fin vous savez, quoi. C’est la campagne, ici, hein…

-          Et pourquoi ce serait lui ?

-          Martin – j’veux dire Justin, c’est notre… comment dire… notre idiot du village, quoi. ’Scusez, hein, mais autant appeler un chat un chat, non ? C’est un simplet, mais pas l’mauvais l’bougre. Un gentil garçon, même.

-          Alors pourquoi il aurait fait ça ?

-          Par accident ? Allez savoir c’qui peut s’passer dans la tête des gens comme lui… La Lili elle l’adorait, Martin. Elle a pu d’papa la p’tite, et l’Martin y s’occupait drôlement d’elle. Grand et fort comme un papa, simple et joueur comme un frangin… z’étaient cul et ch’mises ces deux-là.  

-          C’est un peu facile, non ?

-          Sûr… mais j’vous fiche mon billet qu’c’est déjà c’qui s’dit au village. Et j’ai peur d’c’qu’y pourraient y faire, au Martin, les gars.

-          Vous croyez vraiment que…

-          Oui.

-          Et on le trouve où Justin ?

-          D’mandez à sa pôv’ mère, c’est la dame qu’est là, avec la maman d’la p’tite Lili. Vous allez y dire à la Maud ?

-          La mère de Lili ? Bien sûr.

-          Et ça vous embêterait pas que j’vienne avec vous ? Elle est fragile, la Maud. Elle s’est même pas encore remise de la mort de son mari, elle vit que pour la p’tite… alors ce s’rait p’t’êt’ bien qu’y ait quelqu’un qu’elle connaît pour entendre ça.

Je suis convaincue que personne ne peut entendre une chose pareille. Peu importe qui le dit, comment, qui est là ou qui n’y est pas, personne à ma connaissance n’est capable d’entendre ça. La plus moche partie du boulot. La plus dure aussi. Il n’existe pas de bonne façon d’annoncer ça et c’est toujours une épreuve. J’y suis donc allée avec le maire et, au passage, j’ai embarqué le légiste, des fois qu’elle aurait besoin d’un médecin. Et ça n’a pas loupé. Elle est tombée dans les pommes, a repris ses esprits et s’est mise à hurler. On lui a administré un calmant et le toubib du patelin a pris la relève pour la raccompagner chez elle. Moi je me suis entretenue avec la mère de Justin. Elle était sûre que ce n’était pas son gamin, bien sûr, et disait que la mère de la petite le croyait pas non plus. Je dois dire que je n’y croyais pas plus. Le légiste n’avait fait qu’un examen superficiel et les gars de la scientifique commençaient à peine leur boulot, mais la gosse était nue, son corps semblait avoir été balancé là à la hâte, ses fringues ne traînaient pas à côté, tout laissait à craindre qu’elle avait été violée et rien de tout ça ne cadrait avec l’acte maladroit et précipité d’un benêt, affectueux qui plus est.

 

Eux

 

-          Z’êtes allés voir chez lui ?

-          Y a personne. Mais y peut pas être bien loin, c’nigaud !

-          Z’avez cherché à l’église ? Y s’rait capable de s’terrer là-bas. Ou à la fontaine où qu’y jouait des fois avec la p’tite Lili !

-          Faut l’trouver avant qu’y fasse du mal à quelqu’un d’autre le dingo !

 

Lui

 

J’sais pas pourquoi y s’sont fâchés, les gens. C’est pas moi qui l’a cassée. Y pens’ront pas à v’nir me chercher ici j’espère. C’est la grange au vieux Jeannot. Y s’en sert plus vraiment pass’qu’il est trop vieux main’nant et nous on y joue d’dans avec la p’tite Lili. On amène des poules à la Marthe, le chien à Lili et mes deux chats et on joue à la ferme. On dit qu’le chien à Lili c’est un chien d’berger et mes chats des moutons ou des vaches. On fabrique des genres de barrières avec de la paille et des bouts d’bois pis ça fait des enclos pour not’ bétail. On aime bien jouer à ça avec la p’tite Lili. Une fois, y a une des poules à la Marthe qu’a même pondu dans la grange pendant qu’on jouait et on a eu l’droit d’garder les œufs et on a fait une omelette avec môman. C’était rud’ment bien.

Y a des policiers qui sont là aussi, main’nant. J’espère qu’y vont pouvoir la réparer, parce que j’l’aime bien et pis c’est pas moi qui l’a cassée la p’tite Lili. J’voudrais bien qu’môman elle vienne. J’ai peur main’nant. J’aime pas tout c’monde qui crie après moi et que j’sais même pas pourquoi.




                                                                                                                       A suivre...



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Published by poupoune - dans nouvelles
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commentaires

stipe 19/11/2009 12:00


bon j'ai commenté dans le désordre mais j'ai tout bien lu dans l'ordre, hein !
Et j'ai été rudement bien inspiré de le faire !


poupoune 19/11/2009 13:53



j'me disais aussi... j'savais qu't'étais pas si rebelle...



Chris de Neyr 19/11/2009 10:25


Prenant comme tout... (l'idée du découpage est très "cinématographique", ça embarque bien...)


poupoune 19/11/2009 11:15


et pourtant y s'passe pô grand-chose, hein ?! ça, à la campagne...


tiniak 18/11/2009 17:16


mômômôwouihein...
on va attendre que ça soye tout bien ficelé tout.
:)
(ça vaudra l'coup !)


poupoune 18/11/2009 17:58


vi hein ? 'va attendre un chti peu encore... mais normalement c'est pour ce soir... (tadaaaa!!!)
(euh, valoir le coup... euh... oui, ben on verra, hein ? ;o)


tiniak 17/11/2009 12:04


j'aurais pas dit mieux ;)

tu nous compiles tout ça bientôt ?


poupoune 17/11/2009 13:43


sur commande... dès que j'aurai fini de l'écrire


le roi du truc qui pue le cochon 17/11/2009 12:00


abah comme ça, y a tout...
récit, dialogue, monologue intérieur... et la patte qui va avec


poupoune 17/11/2009 13:42


dans l'cochon tout est bon... et cochon qui s'en dédit !


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