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16 novembre 2009 1 16 /11 /novembre /2009 00:38

 

Elle

 

Quand je suis arrivée sur les lieux, j’ai tout de suite regretté d’avoir accepté. C’était ce genre de trous qui n’a ni le charme rustique, ni l’avantage notable de la proximité d’une grande ville. Un patelin anonyme et anodin, rendu plus terne encore par la faible lumière du jour naissant. La traversée du village m’avait déjà assez sérieusement entamé le moral, mais alors la découverte de la scène de crime m’a carrément foutu le bourdon. D’une, je n’avais pas du tout les bonnes chaussures. Je suis une citadine, moi. Mes cadavres d’extérieur sont sur le bitume, au pire dans une poubelle, mais pas dans les bois. De deux, il y avait beaucoup trop de monde. Je n’arrive jamais la première, on ne fait appel à moi que si on a déjà trouvé un corps, mais là il y avait carrément foule. Des coups à avoir une scène de crime toute salopée. Je me suis garée et j’ai traversé un terrain de foot gadoueux pour accéder au bosquet derrière lequel se trouvait le corps. Il y avait nettement moins de monde. Les curieux, tout le village apparemment, n’avaient pas pu s’approcher plus. Une chance. Pour nous comme pour eux. Des coups à rester hantés toute leur vie par cette image. Le corps, nu, était chétif et d’une pâleur bleutée qui tranchait à tel point sur le sol sombre et boueux qu’il en paraissait irréel. Il était tourné face contre terre, mais il ne faisait aucun doute qu’il s’agissait du corps d’un enfant. Une enfant probablement, compte tenu de la longueur de ses cheveux tressés.

Une gosse. Un village. Pas un meurtre anonyme à résoudre dans l’indifférence. Tout le monde connaissait sûrement la gamine.

Je n’aurais vraiment pas dû accepter. Le maire du patelin était l’ami du cousin de l’épouse de je ne sais pas qui, mais pour finir c’est carrément le cabinet du ministre qui avait demandé que soit envoyé quelqu’un.

J’ai entendu de l’agitation, puis des hurlements. Une femme arrivait en courant. C’est elle qui hurlait. Les gens, sur son passage, baissaient la tête et s’écartaient d’elle comme d’une pestiférée. Elle a perdu l’équilibre et s’est effondrée à terre, criant et pleurant. Une autre femme s’est enfin approchée d’elle et l’a aidée à se relever. J’ai envoyé deux agents s’en occuper. La foule s’est alors dispersée. Les gens semblaient s’échanger des regards de connivence et partaient par petits groupes. Sans pouvoir vraiment dire pourquoi, je n’aimais pas ça.

 

Eux

 

-          Ah ! ça… ça devait bien finir par arriver !

-          Depuis l’temps qu’on l’dit, qu’ça va mal finir !

 

Lui

 

C’est même pas vrai. Y a jamais personne qu’a dit ça. Ceux qui causent, là, j’les connais. Y m’disent toujours bonjour gentiment. Tout l’monde y dit bonjour à tout l’monde par chez nous. Et y en a même une, une des dames, là, des fois elle me donne un bonbon quand j’l’aide à sortir sa poubelle. C’est à cause que son mari l’est mort d’une gangrène à l’hiver d’avant çui-là. C’est lui qui s’occupait d’la poubelle. Mais main’nant elle est toute seule et toute petite et maigre et elle dit comme ça que si elle avait eu un bon gars comme moi elle se f’rait bien moins du souci pour ses vieux jours et que j’suis un gentil garçon et que môman elle a bien d’la chance de m’avoir quand même.

Môman, elle dit que même si j’suis comme j’suis elle m’échangerait contre aucun autre. Elle est pas en train d’causer avec les gens, môman. J’sais pas où elle est. J’espère qu’elle va pas pleurer. J’aime pas bien quand elle pleure, môman. Avant j’croyais qu’elle pleurait à cause de mon père qu’est dans l’ciel, mais un jour que j’aidais m’sieur l’curé à la sortie d’la messe j’ai entendu une dame qui disait qu’en vrai mon père c’était qu’un pendard qu’avait abandonné môman et qu’était sûr’ment en train d’croupir quelqu’part dans une prison et que c’est pour ça qu’j’suis comme j’suis. Je sais pas trop c’que c’est un pendard, mais surtout main’nant j’sais plus quoi penser quand elle pleure, môman. J’ai peur qu’c’est à cause de moi.

 



A suivre...


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Published by poupoune - dans nouvelles
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commentaires

stipe 19/11/2009 11:37


j'ai commencé par lire la fin, comme ça je peux faire un commentaire original !


poupoune 19/11/2009 11:42


ben t'as bien fait pass'qu'en plus quand tu connais la fin t'as plus b'soin d'te faire suer à lire le reste (c'est chiant).


Oncle Dan 16/11/2009 21:21


Ben voui, on attend, hein ?


poupoune 16/11/2009 22:46


ben voui, même réponse, hein !
mais ça m'fait plaisir, en tout cas !!


phil 16/11/2009 19:16


J'attends la suite avec impatience :-)


poupoune 16/11/2009 22:45


ça vient ça vient... mais j'ose un aveu ? allez, on est entre nous : je n'ai pas encore la fin!
enfin si, je l'ai, mais elle n'est pas écrite, pour être exacte!


Chris de Neyr 16/11/2009 17:13


Ah ben, v'là comme une histoire qui commencerait comme un feuilleton journalistique des années... heu, des années d'avant quoi! Je sais pas pourquoi je pense surtout aux années 70, aux 404 noires,
aux pantalons qui grattent, aux radiateurs qui marchent pas assez fort, aux trognes des acteurs français de l'époque avec leur gabardine et leur chapeau, tout ça tout ça...
bon, j'attends l'enquête, hein...


poupoune 16/11/2009 22:43


ah tiens... marrant.
c'est pas ce que j'avais en tête !
ça va venir... mais coté enquête tu vas être déçu !


Mrs D 16/11/2009 11:17


A suivre, tu postes la suite dans une heure, c'est ça? (je tiendrais pas plus!)


poupoune 16/11/2009 12:06


ah ben non, même si je voulais... parce que j'ai bien une suite, mais pas encore de fin, alors je ne vais pas me précipiter trop, hein ;o)


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