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29 octobre 2013 2 29 /10 /octobre /2013 00:37

 

Je déteste cet endroit. Je ne comprends toujours pas ce qui m’a pris de venir m’enterrer dans ce trou.

« Tu devrais faire une pause. »

« Tu es si fatiguée ! »

« Mets-toi au vert un moment… »

Mais depuis quand j’écoute ce qu’on me dit ?!

A peine franchi le seuil de cette bicoque, j’ai chopé le bourdon.

J’ai allumé toutes les lumières et la télévision, histoire de rendre l’ambiance un peu moins sinistre, et puis il faisait affreusement froid alors j’ai mis en marche tous les radiateurs et, au moment, où j’ai voulu allumer le chauffe-eau dans l’espoir d’une douche tiède avant minuit, tout a sauté.

Je me suis retrouvée seule, dans le noir et le froid, à pester contre moi-même et la terre entière.

Quand j’en ai eu marre de pester toute seule, j’ai appelé ma mère (deux fois), ma sœur (une fois) et une copine (qui n’était pas là, alors je lui ai laissé un long message) et puis plus de batterie et là… Rien.

Rien, à un point que je ne savais pas possible.

Une obscurité comme il n’en existe que dans les coins vraiment paumés de la campagne profonde, et rien d’autre.

Chez moi, vous pouvez faire ce que vous voulez, c’est toujours bruyant, mais là… Pas de ronron continu des voitures dans la rue. Pas de voisin du dessus qui écoute de la musique. Pas de voisins du dessous qui s’engueulent. Pas de bébé d’à côté qui pleure. Pas de porte d’ascenseur qui claque. Pas de portail qui couine. Pas de poivrot qui interpelle les passants. Pas de passants, de toute façon. Rien.

Et c’est quand j’ai eu fini de lister tous les bruits que je n’entendais pas que j’ai vraiment commencé à flipper. J’ai désespérément tendu l’oreille pour essayer d’entendre quelque chose, n’importe quoi – un tracteur, un avion, un essaim d’abeilles, un troupeau de vaches, quelque chose qui pourrait détourner mon attention de ce vide effrayant – mais rien. J’en étais presque à espérer un orage ou une tempête, mais non. Toujours rien.

A force de me concentrer pour capter un quelconque son susceptible de me rassurer, j’ai fini par percevoir un grincement dans la pièce voisine. Ou en tout cas quelque chose qui ressemblait à un grincement. Et qui venait plus ou moins de la pièce d’à côté. Je crois. J’ai cessé de respirer en attendant qu’un nouveau grincement vienne confirmer le premier, mais rien. Encore.

Jusqu’à ce que je reprenne mon souffle et là, je suis presque certaine qu’un coup a été frappé à la fenêtre du salon. A moins que le vent ait fait taper un volet. Ou qu’une pomme soit tombée dans le jardin. En tout cas il commençait à se passer des choses pas très nettes dans cette maudite maison et je commençais à sentir poindre comme une légère panique.

J’ai essayé de me raisonner et de ne pas céder à une stupide paranoïa, mais plus je me disais « calme-toi, c’est la campagne, respire et profite ! », plus j’étais sûre que Leatherface rôdait dans les parages. Ou Jason le mort-vivant. Ou Norman Bates. Ou…

Je me suis précipitée à la cuisine, en me cognant dans chaque mur et dans chaque porte – bon sang, mais qu’est-ce qu’il fait noir à la campagne ! – et j’ai farfouillé à tâtons dans tous les tiroirs jusqu’à trouver un couteau auquel je me suis agrippée comme si ma vie en dépendait. A ce moment précis, d’ailleurs, j’étais convaincue que ma vie en dépendait.

Pendant quelques instants, ma respiration haletante et les battements de mon cœur m’ont empêchée d’entendre quoi que ce soit d’autre, ce qui a paradoxalement réussi à me calmer. Et c’est exactement quand j’ai cessé de m’entendre que j’ai recommencé à guetter les bruits suspects. Un bruit de pas – ou le vent dans les feuilles ? – d’un côté. Un souffle – ou une pluie légère ? – de l’autre. C’était intenable. On ne dit jamais assez à quel point l’absence d’un bon gros bruit de fond peut être anxiogène.

Mon couteau à la main, j’ai voulu aller m’enfermer dans ma chambre et enfouir ma tête sous tout ce que je pourrais trouver comme oreillers et couvertures en attendant que la lumière du jour revienne, mais en passant devant la porte vitrée, j’ai clairement distinguée une silhouette, là, à quelques pas de moi. Grande, sombre, menaçante, quelque chose de louche dans une main et l’autre en visière pour regarder… vers moi.

C’est là que j’ai complètement perdu le contrôle.

Je me suis précipitée en hurlant vers l’intrus, la lame de mon couteau pointée fermement devant moi et, sans être capable de penser à ce que je faisais, j’ai ensuite couru jusqu’à m’effondrer, à bout de forces.

Ce n’est que tard le lendemain que j’ai appris que j’avais égorgé monsieur Michon. Le voisin. Qui était venu m’apporter des bougies, parce qu’il se doutait bien qu’elle en aurait sûrement pas, la parisienne.

 

 

 

 

 

Ecrit pour les Impromptus Littéraires.

 

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Published by poupoune - dans Les impromptus
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commentaires

Cacoune 04/11/2013 19:16

Finalement, t'es prête pour venir passer un peu de temps à la maison :o)

poupoune 05/11/2013 00:06



On va attendre encore un peu, hein !



Walrus 30/10/2013 17:52

Ben, c'est exactement comme tu décris :-)

Walrus 29/10/2013 20:40

La partie de la Bretagne où l'on entend le bruit de la mer n'est que son épiderme :-)

poupoune 30/10/2013 17:15



Je n'ose même pas imaginer à quoi peut ressembler la partie de la bretagne qui n'a même pas la mer...



Cécile 29/10/2013 19:00

Quel con ce Michon aussi, il pouvait pas s'annoncer, je sais pas moi, chanter, faire un truc.
N'empêche, c'est vrai que le silence fout la frousse. Et ces planchers qui couinent...

poupoune 30/10/2013 17:14



T'façon, le Michon, on a beau dire c'qu'on voudra, il était quand même louche.



caro 29/10/2013 08:52

Tes soirées aux chandelles sont revigorantes ma foi.

poupoune 29/10/2013 18:46



Hé hé... ça fait rêver, hein...



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