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15 novembre 2010 1 15 /11 /novembre /2010 00:22

 

Je ne suis pas une littéraire.

Je ne le suis ni de formation, ni de métier. Je n’en avais pas non plus la vocation. Ou alors tardive… Je me souviens presque avec douleur de « Oui-Oui décroche la lune », interminable – que j’ai d’ailleurs interminé – et « Le grenier de grand-mère », toujours de l’inénarrable Enid Blyton, à qui je garde un chien de ma chienne, si je puis me permettre...

Mais ce n’était que le début. Le pire est arrivé à mon entrée au collège. Classe de 6ème, première lecture imposée : « Bilbo le hobbit ».

Bon. Aujourd’hui, je trouverais sans doute ça super. Je me suis depuis envoyé le « Seigneur des anneaux » en entier et de mon plein gré – et je parle bien du roman, hein – alors non, vraiment, je n’ai rien contre l’œuvre de Tolkien. Mais c’est pas parce qu’un livre regorge de gnomes rigolos, de jolis elfes et de petits nains que ça en fait forcément un livre accessible aux enfants. Sans compter que juste après ça, on s’est cogné « L’odyssée » et même remarque : c’est pas parce qu’il y a de l’aventure, des sirènes et des cyclopes que c’est nécessairement un choix judicieux pour amener les enfants à la littérature. C’est à ce moment-là en tout cas que nos chemins se sont séparés, à la littérature et moi. Je me souviens très bien avoir honteusement triché, rusé, feinté pour ne pas lire tout en ayant l’air d’avoir lu « Madame Bovary », « Au bonheur des dames », « Le père Goriot » et j’en passe. Le pire, c’est que si ça se trouve, je les aurais aimés. Tellement, que j’aurais fait des études de lettres et que je serais peut-être en lice pour le prochain Goncourt – même si ça paraît moins difficile de l’avoir de nos jours. Mais je ne les ai pas lus.

Je me souviens d’une amie de mes parents qui, très gentiment, nous apportait des cadeaux quand elle venait dîner et qui ne démordait pas de l’idée de nous donner le goût de lire… Je dis « nous », parce que mon frère était à peu près aussi peu porté sur la chose que moi.

 

[Et là je fais un bref aparté, parce que je vous entends déjà vous dire que nous avons dû grandir dans un foyer d’illettrés ou il n’y avait guère que le bottin à lire, mais pas du tout. Non seulement mes deux parents savaient lire et écrire, mais en plus ils utilisaient bien volontiers ce savoir pour s’adonner aux joies de la lecture et les livres ne manquaient pas à la maison. D’ailleurs, ma sœur, qui a toujours été une grosse fayote mais c’est peut-être sans rapport, lisait énormément, elle. Mais passons.]

 

Cette amie de mes parents, donc, nous avait offert « La tulipe noire » et « Paul et Virginie ». C’est marrant comme je me souviens bien de tous ces livres que j’ai soigneusement évité de lire, alors qu’il y en a tant que j’ai lus et dont j’ai tout oublié… « Paul et Virginie », pour une raison qui restera pour moi sans doute à jamais un mystère, j’avais fini par le lire, mais des années plus tard et j’en garde le souvenir de ma lecture la plus ennuyeuse et la plus drôle à la fois, tant le final en hécatombe était ridicule, mais je n’avais pas beaucoup de points de comparaison, alors peut-être qu’il existe plein de livres plus chiants et plus risibles.

 

Bref. Mes premiers souvenirs de lecture sont donc plutôt des souvenirs des livres auxquels j’ai échappé. Je ne me suis mise à lire des livres en entier et avec plaisir qu’à mon entrée à la fac, parce que je prenais le bus et que ça ou regarder le même paysage tous les jours, j’ai préféré lire. Et j’ai découvert Stephen King. Je n’ai lu à peu près que ça pendant longtemps avant de me diversifier, et la diversification s’est faite par le polar.

Oui, je sais, c’est surprenant, hein ?

 

Bon : il m’arrive à l’occasion de m’égarer dans un roman même pas noir où il n’y a ni flic, ni truand et même pas un petit cadavre entre les lignes, mais j’avoue que c’est rare. J’aime le glauque, le sale, le méchant, le poisseux, l’amoral. Même si quelques petites nuances mériteraient d’être apportées, mais mon propos n’est pas de vous expliquer mes goûts littéraires, dont vous devez prodigieusement vous contrefoutre et vous avez bien raison.

Non. Ce que je voulais juste dire en introduction – oui, c’était l’introduction – c’est que je ne suis donc pas une littéraire et qu’à ce non-titre je n’ai aucune légitimité – pas plus que je n’en ai la prétention d’ailleurs – à me lancer dans une critique littéraire objective, argumentée et solide d’une œuvre quelle qu’elle soit.

En revanche, je suis lectrice et à ce titre j’ai absolument tous les droits de donner mon avis si je veux. Chose que je ne fais généralement pas, parce que comme pour mes goûts littéraires, tout le monde s’en cogne, mais là je suis énervée alors je fais exception.

 

J’avais de lourds a priori sur cet auteur. J’en conviens. Mais une copine pensait que ça pourrait me plaire et, malgré mes réticences, elle a fini par m’apporter « un de ses meilleurs ». C’était il y a très longtemps. Je l’avais posé sur la pile des « plus tard », mais pour cause de restrictions budgétaires, je n’achète (presque) plus de livre et je dois donc écouler mon stock… alors j’ai fini par me lancer dans celui-là.

 

Tina Cogin savait tirer le meilleur parti du peu qu’elle possédait. C’était chez elle un don inné. Du moins aimait-elle à le penser.

 

Bon. Vous, je sais pas, mais moi, un livre qui commence comme ça… Déjà, le « don inné », ça coince. Et puis franchement : « Elle sait faire un truc. Parce qu’elle en a le talent. Enfin elle croit. » Franchement ?!

 

Plus loin :

 

Etouffant un rire d’autodérision – elle s’y entendait à se moquer d’elle-même –, elle se dirigea vers la commode afin de passer amoureusement en revue sa collection de sous-vêtements.

 

Alors on a là une jeune-femme qui se rit d’elle-même – mais pas trop fort (et je préfère ne pas vous dire de quoi elle rit, c’est affligeant) – dont on nous précise que quoi que pourrait laisser penser l’étouffement du rire, elle est quand même trop forte à l’auto-raillerie et qui, après cette bonne auto-poilade, va patouiller ses dentelles avec amour… Qui… hein, je vous le demande, qui est amoureux de ses slips, franchement ?! Peut-être Maximus avec son slip funky et Stipe avec son boxer super-héros, mais sinon ?

 

Le Nylon glissait contre son épiderme. Elle savoura la sensation – semblable à la caresse d’un amant – et, pour l’intensifier, se passa les mains sur les chevilles, le long des mollets, des cuisses et des hanches.

 

Bon… peut-être que j’ai la peau dure – pardon : l’épiderme trop peu sensible – mais l’enfilage du bas nylon n’évoque en aucun cas pour moi la caresse d’un amant. Même pas d’un mauvais.   

 

Même à cette hauteur, il percevait le parfum des fleurs qui montait du jardin, à peine perceptible, comme un fond discret sur la toile de la nuit.

 

Là, j’ai même pas envie d’en rajouter.

 

Je suis allée jusqu’à la page 36. A ma décharge, j’avais une heure à tuer, rien d’autre sous la main et il pleuvait. Je me suis donc tapé d’une traite 36 pages de ce subtil mélange d’Harlequin et du « dictionnaire des clichés littéraires » de Hervé Laroche. Je vais m’arrêter là.

Je ne dirai pas que c’est de la merde parce que cet auteur se trouve être une très grosse vendeuse, il en est donc peut-être parmi vous qui la lisent et peut-être même, qui sait, qui l’aiment, alors je ne voudrais pas froisser, mais franchement, avec toute l’incompétence qui est mienne en la matière, quand même, je trouve que c’est de la merde.

Ah ben si, tiens, je l’ai dit.

Pardon.

 

 

 

 

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Published by poupoune - dans poupouf
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commentaires

Mrs D 06/12/2010 20:22


Je cite J: "... faut pas oublier que la meuf est anglaise. Donc masochiste. Et névrosée..." je sais vmt pas comment le prendre...


poupoune 06/12/2010 22:54



laisse : ça sent le vieux fantasme inassouvi...



marotte 27/11/2010 22:39


Ben, les livres, ça sert aussi à caler les meubles !


poupoune 28/11/2010 23:57



même pas : on me l'avait prêté... je l'ai rendu et j'ai même dit merci. Je suis super bien élevée (même si cette lecture ne m'aura pas, quant à elle, elevée des masses...)



Le Raimb' 16/11/2010 09:48


J'ai cru que tu parlais de moi dans ton introduction (un brin de prétention n'a jamais fait de mal). Disons que le parcours est similaire jusqu'à "mes rencontres" Vian et Desproges, entre autres.
Après, ben on étouffe ce qu'on peut... elle, c'est un rire, pourquoi pas ? Quant à renifler ses slips, comme J. je pense que l'auteure nous fait un genre de coming-out étouffé (encore !), où le
lien subtil entre l'odeur de pelouse humide et sous-vêtements nous invite à mesurer dans quelle complexité libidineuse se trouve l'héroïne, tiraillée entre l'icône d'une Di qui se tape le premier
pilier venu, et son intense envie intérieure de bouffer la pelouse de sa voisine. Du grand Hart.


poupoune 16/11/2010 22:01



alors il faut tout de même lever un malentendu : l'odeur à peine perceptible qu'on perçoit vient bien après la scène d'un érotisme insoutenable qui a retenu votre attention, et c'est un mec qui
renifle... alors votre théoriue de la grosse chaudasse masquée ne tient qu'à demi, hein... 



Joe Krapov 15/11/2010 21:04


Mets bien un H à Harlequin. La commedia dell'arte n'a pas mérité ça !
;-)


poupoune 15/11/2010 22:55



han la honte !!!


Quand je dis que je ne suis pas une littéraire, hein...


Merci Joe !!!



boubou 15/11/2010 13:42


J'adore ton texte!
Mais bon, ça vaut c'que ça vaut, hein, mes critiques, vu qu'je suis une grosse fayote.
HA HA HAAAA!!!


poupoune 15/11/2010 13:53



et t'es grave parano, en plus... je vois pas du tout pourquoi tu te sens visée, franchement...


HA HA HA HA !



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