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12 mars 2013 2 12 /03 /mars /2013 21:49

 

J’ai récemment pris l’avion pour l’étranger et, fatalement, j’en suis revenue, en avion également. Qui dit « avion pour l’étranger » dit évidemment aéroport, douane et contrôles de sécurité.

Alors pour qu’on ne se méprenne pas sur la teneur de mon propos, je tiens à préciser avant d’aller plus loin que je suis une personne très disciplinée et respectueuse des lois et règlements. Presque à l’excès. Je suis de cette catégorie de personnes qui tendent à penser que si une règle existe, ce n’est peut-être pas uniquement pour me faire chier et que le fait que je n’en comprenne pas exactement la justification précise ne veut pas nécessairement dire qu’il n’y en a pas. Ainsi, lorsque l’on me dit que je n’ai pas le droit d’embarquer avec du liquide dans un avion, sauf si c’est du liquide acheté très cher entre le contrôle de sécurité et l’avion, et bien j’obéis et je me déleste de la bouteille d’eau encore à moitié pleine qui lestait mon sac à main, sans avoir besoin qu’on m’y invite. Je n’essaie même pas de la passer discrètement en faisant semblant d’avoir oublié que je l’avais. Je me dis que si tout le monde essaie de passer sa bouteille d’eau discrètement en faisant semblant de l’avoir oubliée, plus un seul avion ne partira à l’heure vu que les passagers seront en train de perdre du temps à la sécurité en camouflant des bouteilles au fond de leurs sacs. Alors je n’ai jamais de liquide sur moi quand je passe la sécurité des aéroports. Ne me remerciez pas, mais oui, c’est moi cette fille qui passe tellement vite les contrôles qu’on croit toujours qu’elle est copine avec le responsable, alors que non : je ne suis qu’une citoyenne exemplaire.

 

Cela étant dit, revenons-en à l’anecdote qui nous intéresse – que dis-je : qui va nous passionner.

L’autre jour, donc, je rentrais en France après un séjour à Londres – et je précise que les faits qui suivent se sont donc déroulés à Londres, parce que les londoniens – ceux qui sévissent aux contrôles de sécurité des aéroports en tout cas – sont particulièrement chiants et tatillons même si, est-il besoin que je le rappelle déjà, je suis totalement respectueuses des règles, si subtiles et imbitables soient-elles. Me voilà donc à l’approche du contrôle de sécurité, débarrassée de toute substance liquide illicite à la dangerosité indiscutable (puisque, je l’ai déjà dit, je ne discute pas), sereine comme il se doit quand on sait qu’on est blanche comme l’oie du même nom et là, première contrariété : voilà qu’on me fait ranger mon stick à lèvres dans une pochette à part pour contrôle spécifique. Mon stick à lèvres. Celui de ma fille, même, pour être exacte. Moi qui me fais fort d’être la passeuse de contrôle de sécurité la plus rapide du monde, voilà qu’on m’oblige à faire attendre les gens derrière moi parce que je suis en possession d’un dangereux stick à lèvres camouflé au fond de mon sac avec mes kleenex et ma pochette à trucs. (Oui, j’ai une pochette à trucs, mais rien que la morale ou la loi réprouve. D’ailleurs, aucun contrôle de sécurité au monde n’a à ce jour trouvé à redire à ma pochette à trucs. Passons.) Ma légendaire sérénité au passage de contrôle de sécurité s’en est, je l’avoue, trouvée quelque peu éreintée. Mais j’ai fait comme on m’a dit sans broncher : j’ai mis mon stick – le stick de ma fille – dans une pochette que j’ai placée dans un petit panier que j’ai lui-même déposé sur le tapis roulant prévu à cet effet, afin que le préposé aux sticks à lèvres puisse procéder aux contrôles nécessaires, à savoir je suppose vérifier que ledit stick ne contenait aucune arme de poing, aucun explosif et, surtout, pas une quantité supérieur à 100ml d’eau.

J’ai également déposé pour contrôle par qui de droit sac, manteau, clés, montre, ceinture et toutes ces choses qui, à l’occasion, peuvent exciter la machine qui fait bip quand tu passes dessous, et j’ai fait passer ma fille.

 

Bip.

 

A part son appareil dentaire, elle n’était munie d’aucun objet métallique dangereux – et encore : l’appareil dentaire n’est dangereux qu’en des circonstances très spécifiques, peu probables dans le cadre d’un court vol entre Londres et Paris. Quoi qu’il en soit, ces messieurs-dames de la sécurité ont fait repasser ma fille plusieurs fois sous la machine qui fait bip, avant de la mettre dans un genre de gros appareil de radio et de lui faire lever les bras. Ouais : on n’est jamais trop prudent face à une dangereuse fillette de huit ans, intimidée par les uniformes et qui ne comprend rien à ce qu’on lui dit.

Autant dire que mon record de vitesse au passage du contrôle de sécurité, c’était pas pour cette fois et, outre ma belle sérénité, c’est aussi ma patience compréhensive qui commençait à s’émousser un brin. Mais ma fille a été relaxée, alors j’ai passé à mon tour la machine qui fait bip et, cela va sans dire, j’ai fait bip. Une fois, deux fois, haut les mains dans la machine et vas-y qu’en plus une dame te tripote des fois que ton arme secrète aurait déjoué la vigilance des deux machines, mais passons. On a fini par avoir le droit d’aller récupérer sacs et stick à lèvres. Du moins c’est ce que j’ai cru. On n’a récupéré que le stick (qui l’eut cru ?), tandis que mon sac était retenu en otage dans la pile des sacs louches mis de côté par le préposé aux sacs louches. J’essayais de trouver ce qui pouvait bien poser problème, vu le mal que je me donne pour me montrer docile et RESPECTUEUSE DES REGLES, aussi cons soient-elles, bordel de merde, mais je ne voyais pas.

J’attendais avec toute ma sérénité résiduelle que le préposé aux sacs louches veuille bien se donner la peine de faire ce qu’il avait à faire avec mon sac louche à moi, mais vu la quantité de sacs louches identifiés, ça risquait de prendre un peu de temps. Une chance : entre autres qualités j’aie aussi celle de la ponctualité excessive, qui me pousse à être plutôt en avance que juste à l’heure quand les circonstances l’exigent. J’avais donc le temps. Largement. Tranquille. Ce qui n’est pas une garantie de patience et de compréhension de ma part, au bout d’un moment faut pas pousser non plus, mais disons qu’au moins, à l’agacement ne s’ajoutait pas le stress de devoir courir jusqu’à l’avion après que ton nom a été répété vingt fois dans la phrase « dernier appel avant annulation », parce que ça c’est grave la honte.

Bref.

 

Je fulminais donc relativement calmement dans ma barbe (c’est une image), quand une dame est venue devant moi avec mon sac louche en me demandant si elle pouvait le vider. A la réflexion, tant qu’on y était, j’aurais dû dire non, pour voir, mais sur le coup j’ai persisté dans mon attitude docile et j’ai dit oui. J’ai approché une main de mon sac – pardon : de MON SAC – pour contribuer à l’effort et là, je me suis vu refuser sèchement l’accès à MES AFFAIRES dans MON SAC (« No ! Don’t touch ! »), alors j’ai laissé l’autre connasse se démerder avec mon bordel. Oui : à ce moment-là, j’avais un tout petit peu commencé à perdre patience.

Bref. La voilà qui commence à sortir mes trucs. Et là, j’ai compris.

D’une part, que j’allais avoir un peu la honte, d’autre part ce qui avait fait de mon sac éminemment respectueux des règles un sac louche.

Pour le premier point, je transportais – et je ne pensais sûrement pas avoir à justifier ce détail d’une quelconque manière – je transportais, donc, deux tubes en carton de rouleaux de papier toilette. Au regard interrogatif de la préposée à mon sac louche, j’ai répondu par un regard totalement innocent et très légèrement surpris (« ben quoi ? ») (c’était très spontané et très réussi, j’étais contente de moi) et dans ma tête je me disais : « et ben vas-y, tiens, trouve donc quelque chose à redire à ça, connasse, essaie donc de dénicher un truc interdit dans mes cartons de PQ, tiens, qu’on rigole ! », mais en dehors de ma tête je n’ai rien dit, parce que je sentais bien que je n’avais pas affaire à une rigolote et je ne la sentais pas hyper détendue, alors je l’ai laissée décider seule de la dangerosité de mes cartons et non : je n’expliquerai pas ici non plus ce que je faisais avec ça dans mon bagage à main.

Le problème était ailleurs et il était double : je transportais également une boule à neige (oui, une boule à neige, avec Big Ben sous la neige quand tu secoues, c’est pour la collection de ma fille : des commentaires ?) et dans une boule à neige, qu’est-ce qu’il y a, en plus de Big Ben et de la neige ? Du liquide, oui. Et le liquide, les avions, ça les rend fous et après ils font des trucs de guedins que t’imagines même pas.

Par chance, les lubies de ma fille sont assez faciles à canaliser et j’avais réussi à lui faire choisir une toute petite boule à neige, si bien qu’après un contrôle spécifique de la boule à neige par le préposé aux boules à neige, j’ai pu remballer le souvenir de ma fille, qui se voyait déjà dépossédée de ses biens par une affreuse représentante de la loi et de l’ordre et des règles QUE SA MAMAN RESPECTE TOUJOURS, j’ai bien cru qu’elle allait pleurer, c’était horrible, mais le pire était à venir.

Parce que je transportais également un pot de quelque chose que je peux pas dire ce que c’est parce que c’est pour offrir à quelqu’un qui lit souvent ce blog, et que si je le dis elle saura que c’est pour elle ou pire : quelqu’un d’autre croira que c’était pour lui alors que non et après c’est quiproquo et malentendus et rupture familiale tragique et… bref : disons que la substance contenue dans le pot était de type courant, genre Nutella, tu vois ? et surtout, SURTOUT : pas liquide. Je vous ai dit : je suis comme une machine à respecter les règles, moi, et si on me dit pas de liquide, et ben je ne transporte pas de liquide. Pas chiante. Donc, j’avais ce pot de quelque chose de pas liquide, de pas louche du tout non plus vu que l’aspect du contenu était parfaitement conforme à ce que stipulait l’étiquette du contenant et, quoique suffisamment gros pour que j’aie pas l’air de faire un cadeau de rat, mon pot était toutefois de taille parfaitement raisonnable et suffisamment modeste pour ne pas générer d’excédent de poids ou paraître forcément louche. J’imagine que si tu passes la douane avec un pot de quarante-deux kilos de Nutella, y a peut-être éventuellement matière à te poser deux-trois questions… Mais ce n’était donc pas le cas et j’étais confiante : la préposée à mon sac louche allait faire contrôler spécifiquement mon pot de truc par le préposé aux pots de truc et on n’en parlerait plus. Sauf que cette salope est revenue en me disant que mon pot de truc, confisqué.

Alors j’ai repris ma tête d’innocente étonnée pour la gratifier d’un so british « I beg your pardon ? », mais j’avais évidemment bien compris et elle a confirmé qu’elle me chourait mon pot de truc. Alors j’ai demandé sous quel prétexte (même si en vrai j’ai juste dit « why ? ») et elle m’a dit que c’était liquide.

 

- Et ben c’est ça, tiens ! Vas-y, alors, toi qu’es si fortiche, montre-moi comment tu bois ça à la paille, connasse, puisque c’est si liquide !

 

Bon : en vrai, j’ai dit « It’s not liquide ! » sur le ton de celle qui est vraiment un peu surprise, mais aussi un brin moqueuse, tu vois, genre « allez, tu me fais marcher, on sait bien toi et moi que si ça, c’est liquide, moi je suis la reine d’Angleterre ! » mais elle a un peu rougi (sans que je sache si c’était d’agacement ou de confusion) avant de répéter que si, c’était liquide. Bon : je peux pas vous dire ce que c’était, donc, mais je vous jure que je ne connais personne capable de boire mon truc à la paille sans le diluer avant dans du vrai liquide – et en quantité, encore. Alors pour le coup, là, j’étais passablement énervée et, moi qui suis un modèle d’honnêteté et de conformation aux lois même les plus débiles, j’ai carrément traité la meuf de voleuse. Bim. Comme ça. En anglais, même. J’ai pas peur, moi.

Je suis très disciplinée, mais là, l’heure de la révolte avait sonné. J’attendais donc les arguments de la défense, mais mon attaque n’a fait ni chaud ni froid à la préposée à mon sac louche. Elle s’est contentée de me dire que si je voulais, je pouvais retourner à l’enregistrement demander à récupérer ma valise pour y mettre mon pot de truc. Genre. J’allais me cogner une heure de palabre avec le préposé aux valises pour qu’il ressorte la mienne de va savoir où elle pouvait bien être depuis le temps qu’elle avait été transportée par le tapis magique aux pays des valises voyageuses, y ranger mon pot de truc (qui serait sans doute cassé à un moment ou un autre une fois loin du soin attentif et protecteur que je porte à mon bagage à main – c’est d’ailleurs pour ça que le pot était dans mon bagage à main et non dans le bagage de soute), me retaper le sketch du passage du contrôle de sécurité, tout ça pour que la préposée à mon sac louche, de mèche avec le préposé aux pots de truc, ne me cravate pas mon cadeau que j’avais choisi avec amour, emballé avec soin et rangé avec attention pour l’acheminer en toute sécurité jusqu’à son heureux destinataire ? J’étais prête à parier que là, pour le coup, j’y aurais droit, à l’appel nominatif honteux, réservé aux emmerdeurs qui ne respectent rien et qui font on se demande bien quoi pendant des plombes au duty free au lieu d’aller gentiment comme tout le monde prendre leur avion…

Alors après l’avoir traitée de voleuse, j’ai gratifié la préposée à mon sac louche d’un rire moqueur, presque méprisant, avant de lui dire : « Ouais, c’est ça… Allez, ben garde-le, mon pot de truc, va ! Et bon appétit, hein ! ». Je l’ai dit en français et, bon, pour être tout à fait honnête, je ne suis pas certaine qu’elle m’ait entendue… Mais ce dont je suis certaine, en tout cas, c’est que s’en prendre physiquement à l’un ou l’autre des préposés aux trucs dangereux à un poste de contrôle de sécurité dans un aéroport n’est pas du tout une chose à faire pour prendre son avion tranquillement et à l’heure. Sinon je vous jure que je lui aurais fait bouffer sur place, mon pot de truc, et avec le pot, encore ! N’allez surtout pas croire que j’aie fait preuve de faiblesse… Et avec le temps que je n’ai ainsi pas perdu en violences diverses, j’ai eu le temps d’aller racheter un pot de truc. Qui, lui, n’était plus dangereux puisque, quoiqu’identique en tous points à celui qu’on venait de me piquer, euh… et bien il n’était pas dangereux. Voilà.

Moralité, qu’on se le dise : à mon prochain voyage, le cadeau, c’est boule à neige pour tout le monde.

 

 

 

 

 

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Published by poupoune - dans poupouf
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commentaires

caro 17/03/2013 07:10

remarque chez les anglais... ça n'a jamais pris ce motto

poupoune 22/03/2013 09:28



Non... pas so british.



caro 16/03/2013 22:29

un remake raté de liberté égalité... et fraternité.

poupoune 22/03/2013 09:28



On aurait dit plutôt un mauvais remake de Midnight Express ;o)



Walrus 14/03/2013 09:18

Oh, depuis, j'ai compris, j'y vais en bagnole.
Je n'aimerais pas revivre la séance d'interrogatoire du jour où à Manchester les sbires de Sa Gracieuse Majesté ont découvert que mon bagage était essentiellement constitué d'un sac d'échantillon
de pâte à papier que j'avais accepté de transporter pour rendre service à un collègue.
Ni d'ailleurs de celui du retour où les mecs de la Mond Division m'avait confié un échantillon de percarbonate de sodium et une cellule de mesure de stabilité bardée d'électrodes et de fils ;-)
Quelle vie passionnante j'ai eue, quand j'y pense...

poupoune 16/03/2013 15:59



Tu n'es pas joueur... Mais oui : quelle vie ;o)



Walrus 13/03/2013 09:13

Bienvenue dans la grande famille ! Dans les années 70, merveilleuse époque où l'IRA avait la pêche, j'ai été fouillé trois fois à Heathrow pour passer du terminal des vols internationaux à celui
des vols internes...

Rendez-vous sur mon blog en mai : j'emmène ma femme et son chien en perfide Albion ;-)

poupoune 14/03/2013 00:42



Ah ! Va falloir trouver quelque chose de marrant à fourrer dans ton bagage à main, histoire de pimenter un peu l'affaire !!



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  • Je suis au-dessus de tout soupçon.
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