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17 mars 2011 4 17 /03 /mars /2011 00:12

 

Je suis né moche.

Pas moche comme tous les nouveau-nés, rougeaud et fripé, non… vraiment vilain. Disgracieux. Disproportionné. Mais pas assez pour être considéré comme anormal. Juste épouvantablement laid. Le genre de bébé dont les proches ne disent même pas hypocritement qu’il est mignon, seulement qu’il a l’air gentil.

Et je ne me suis pas arrangé en grandissant. Même ma mère n’osait pas prétendre qu’elle me trouvait beau. J’avais le front haut, le sourcil broussailleux, les yeux trop petits, le nez croche, la bouche en biais et le menton en galoche. Et ça, ce n’était que mon visage… Mais j’étais également petit, trapu, avec les jambes arquées et du poil au dos. Et des lunettes. Et un appareil dentaire.

La vie ne laisse que peu de choix aux gens comme moi : faire pitié ou faire rire. A nos dépens, ou en devenant le rigolo de service.

Pour ma part, j’ai grandi dans un environnement intellectuellement modeste, au sein duquel je passais pour spirituel, et j’ai longtemps cru que j’avais de l’humour, alors je n’ai que peu hésité avant de décider d’embrasser la carrière de clown.

Paradoxalement, c’est là que les gens ont commencé à rire à mes dépens.

Mes blagues n’amusaient que moi. Et encore. Tout ce que me demandaient mes employeurs – et tout ce que voulait le public – c’était que j’aille mollo sur le maquillage pour ne pas atténuer l’effet de mes disgrâces. Que je porte des pantalons trop longs sur mes pattes trop courtes pour me prendre les pieds dedans et m’affaler comme la merde que je me faisais l’effet de devenir. Après le clown blanc et le clown triste : le clown moche. Et pathétique.

Quand j’essayais de me montrer inventif et drolatique, je déclenchais les huées des parents et je faisais peur aux enfants.

Alors qu’est-ce que j’aurais dû faire ? Tout abandonner et trouver un boulot plus ingrat encore pour servir de souffre-douleur à des collègues pas plus malins, mais un peu moins accablés par la nature ? Plutôt crever.

J’ai mis au point un dernier numéro. Une espèce de compilation de ce que je considérais être mes meilleurs gags. Un tollé magistral. Les enfants pleuraient, les parents s’indignaient et tout ce beau monde hésitait entre quitter les lieux ou s’en prendre à mon intégrité physique. Quand j’ai senti la foule sur le point d’exploser, j’ai fait un dernier tour de piste en actionnant ma fleur lance eau sur tous ces visages cramoisis par la peur ou la colère. J’avais rempli le réservoir d’acide.

On verra bien quel genre d’humour ils développent, maintenant, avec leurs gueules en biais !

 

 

 

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Published by poupoune - dans inspirationS
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commentaires

Walrus 23/03/2011 08:25


La seule personne que j'aie réussi à vitrioler, c'est moi ! M'en suis foutu une éclaboussure dans l'oeil. Ça va, merci !


poupoune 24/03/2011 10:03



ouch'


Faut penser aux expériences sur petits animaux (ou enfants) inoffensiffs, c'est moins douloureux.



Walrus 21/03/2011 12:37


Ben oui, j'étais chimiste ;o)


poupoune 22/03/2011 23:57



ah oui... je me disais aussi... je trouvais bizarre que tu te vantes en public d'avoir dissous de la chair humaine.


;o)



Adrienne 18/03/2011 07:36


quand une vie manque de douceur... que voulez-vous qu'il arrive? c'était écrit ;-)


poupoune 21/03/2011 09:45



voilà... on ne peut pas lutter contre le destin.



stipe 17/03/2011 10:16


l'humour acide, pour se fendre la gueule ? Pas bête...


poupoune 21/03/2011 09:46



pas mieux.



Walrus 17/03/2011 09:06


J'espère que tu avais musclé tes doigts, sinon, gare à la crampe : c'est visqueux le vitriol !
Ouais, du coup, ça adhère bien, c'est vrai...


poupoune 21/03/2011 09:42



C'est l'expérience qui parle ? Tu me fais un peu peur, quand même... ;o)



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  • Je suis au-dessus de tout soupçon.
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