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31 décembre 2009 4 31 /12 /décembre /2009 01:07

 

La première partie, c’est ici. La deuxième, .

 


 

 

Entre la divine Appoline et le chaleureux Victor – puisque désormais je l’appelais ainsi, le vieux – il me prenait le soir des envies de ronronner au coin du feu. Compte tenu des moyens mis à ma disposition, l’enquête allait être facilement réglée. Le point fort du vieux Sam, c’était de pouvoir acheter à peu près qui il voulait, quitte à vendre sa mère si nécessaire. Son point faible, c’était que les loyautés promises au plus offrant ne sont fiables que tant qu’on est le plus offrant.

Victor avait l’argent, j’avais les noms ; il ne restait plus qu’à payer. Il me suffisait de contacter les plus corruptibles des sbires du vieux Sam, qui en contacteraient d’autres, qui en contacteraient d’autres encore. Jusqu’à dégoter ceux qui savaient quelque chose, mais qu’il ne serait plus possible de relier à moi ou à Victor. Méthode classique, facile, mais parfois un peu longue à mettre en œuvre. Il y a les informateurs qu’on paie simplement en liquide, mais il y en a qui ne veulent que de la came et qui sont difficiles à loger parce que défoncés dans un cagibi ou un caniveau quelconque et il y a ceux qui veulent voir disparaître une condamnation ou autre désagrément judiciaire de leur casier. Et tout ça nécessite de mettre en branle des réseaux parallèles plus ou moins durs en affaires et lents à réagir. Sans compter qu’il ne suffisait pas d’obtenir l’information, encore fallait-il qu’elle revienne jusqu’à moi.

Une fois la machine lancée, je n’avais plus qu’à me tenir informé de la bonne marche des opérations et, le cas échéant, à filer le fric nécessaire. Ce qui me laissait du temps pour profiter de la compagnie de Victor et faire le beau auprès d’Appoline, qui semblait apprécier le mal que je ne me donnais même pas pour passer des heures à la dévorer du regard en buvant ses paroles, avec un sourire idiot accroché à mes lèvres. Victor semblait s’en amuser. Je n’en revenais pas du cadeau que m’avait fait le vieux Sam. Il n’avait sans doute pas imaginé que les choses se passeraient ainsi. Moi non plus.

En revanche, si je m’étais moins laissé emporter par mon enthousiasme naïf j’aurais tout-à-fait pu anticiper la suite.

J’étais dans le parc avec Victor quand Appoline est arrivée en courant, l’air hagard, les vêtements déchirés et, à la main, une lettre qu’elle nous a tendue avant de rejoindre la maison à pas rapides. Victor a pâli en lisant la lettre et me l’a donnée d’une main tremblante :

 

Mon Papounet,

 

Je suis certain que tu ne voudrais pas qu’Appoline souffre encore par ta faute. Lâche l’affaire. Et embrasse JJ pour moi.

 

Ton fiston, Sam.

 

-          C’est bien son écriture ?

Victor a hoché la tête. Il avait les larmes aux yeux. Il m’a tourné le dos et a regagné la maison à son tour. Je me sentais comme un gosse qui vient de décevoir son père. Il fallait d’urgence que je me reprenne. Je suis rentré dans ma chambre et j’ai cherché où j’avais merdé pour que non seulement le vieux Sam ait vent de l’affaire, mais en plus assez rapidement. Je n’en avais pas encore la moindre idée quand Victor a frappé à ma porte.

-          Nous allons en rester là, Jérôme.

-          Non, Victor ! Ne le laissez pas vous…

-          Ma décision est prise.

-          Mais on va l’avoir ! J’irai moi-même glaner les derniers renseignements nécessaires pour accélérer les choses, à mes frais, même, mais il faut aller au bout !

-          Parce que vous ne croyez pas qu’il ira au bout, lui ? Que croyez-vous qu’il fera à Appoline, la prochaine fois ?

Il était inutile d’essayer de le raisonner ce soir.

-          On peut en reparler demain ? Vous êtes sous le choc, on l’est tous, c’est normal… demain on y verra plus clair, d’accord ?

-          Demain, d’accord. Mais je ne changerai pas d’avis.

Je ne les ai vus ni l’un ni l’autre au dîner et j’ai passé des heures à vérifier comment les choses s’étaient déroulées pour essayer de trouver la faille. Sans résultat. Au beau milieu de la nuit, on a frappé doucement à ma porte.

-          Monsieur Jérôme…

-          Oui… Grégoire, c’est ça ?

-          C’est ça. Est-ce que je peux vous parler ?

Et comment qu’il pouvait me parler ! S’il avait la moindre information susceptible de me mettre sur une piste, je pourrais même payer pour l’entendre !

-          C’est à propos de Mademoiselle Appoline.

-          Oui ?

-          Ce n’est pas la nièce de Monsieur Victor.

Et voilà. C’était bien sa maîtresse. Je m’étais fait avoir comme un débutant, aveuglé par sa beauté ravageuse et la bonhomie de Victor !

-          C’est sa petite-fille.

Ah…

-          Ah ?

-          Oui.

-          Mais… pourquoi m’ont-ils dit…

-          Il n’est pas au courant.

-         

-         

-          Euh… vous m’expliquez ?

-          En fait, c’est bien un peu sa nièce… la fille de l’épouse du frère de Monsieur Victor.

-          Ben alors…

-          Attendez !

-          Pardon.

-          Elle est née 8 mois après le décès du frère de Monsieur.

-          Pas de chance.

-          Elle était prématurée.

-         

-          A la mort du frère de Monsieur, son épouse n’était pas enceinte. D’ailleurs cela faisait des années qu’ils essayaient d’avoir des enfants, sans succès.

-          Comment le savez-vous ?

-          Ma femme travaillait pour elle.

-          Qui est le père alors ?

-         

-         

-          Quelques mois avant l’accident du frère de Monsieur, Sam est arrivé en prétendant être le fils de Monsieur Victor.

-         

-         

-          Mais elle… Appoline… Elle est…

-          Je dois y aller, Monsieur. Je vous souhaite une bonne nuit.

J’avais vu juste. C’était bien par elle que les emmerdes allaient arriver. J’avais plutôt imaginé une histoire de fesses entre elle et moi qui aurait contrarié Victor. Finalement Victor allait bien être contrarié, mais moi je ne la sauterais pas. Dommage.

En quelques coups de fil, j’ai facilement pu découvrir qu’elle visitait régulièrement le vieux Sam en prison. Ce qui ne prouvait rien puisqu’il était supposément son cousin. J’ai eu un peu plus de mal à trouver les dates et heures des appels qu’elle lui avait passés. Ceux-ci semblaient très rares sur les 6 derniers mois, sauf depuis le début de mon enquête : elle avait appelé la prison 4 fois en 3 jours. Si ça se trouve c’était elle qui cachait le trésor volé de Villethierry, peut-être même sous le propre toit de son oncle… son grand-père. Pauvre vieux. J’ai fait le tour de mes informateurs pour voir s’ils avaient du nouveau. Rien n’accusait fermement cette garce d’Appoline, mais aucun élément ne permettait non plus de la mettre hors de cause. Il y avait même plutôt comme on dit un putain de faisceau de présomptions contre elle. Victor ne s’était sûrement pas attendu à ça. Il tomberait de haut. Je n’étais pas sûr qu’il s’en relèverait ; j’avais intérêt à être sûr de mon coup.

Le jour commençait à se lever et j’ai décidé d’essayer d’acculer la traîtresse. Je suis entré sans frapper dans sa chambre et je l’ai réveillée sans ménagement, en tirant ses couvertures et en l’examinant dans les moindres détails de la tête aux pieds. A demi ensommeillée et sous le coup de la surprise, elle n’a opposé que très peu de résistance.

-          Dites donc ma jolie, vous marquez peu, sous les coups, hm ?

-          Quoi ?

-          Vous n’avez pas été agressée, hier ?

-          Si, mais…

-          Mais quoi ? Ils ont tiré votre jupe et ébouriffé vos cheveux, les vilains ? C’est ça qui vous a traumatisée ?

-         

-          Vous avez toujours su que Sam était votre père ?

-         

-          C’est pour hériter que vous mentez à Victor ?

-         

-          Comment osez-vous lui faire ça ? Il vous aime comme sa fille et vous, vous le manipulez sans vergogne… Est-ce vous imaginez seulement comme il est malheureux de se croire responsable de votre prétendue agression ?

-         

-          Quand il saura la vérité, croyez-moi qu’il n’en aura plus rien à foutre du trésor et qu’il vous foutra dehors quoi qu’il lui en coûte !

-          Mais enfin comment pouvez-vous être aussi stupide ?

-          Hein ?

-          Le… chauffeur est au courant et vous, vous pensez vraiment que Victor ne sait pas ?

-         

-          Alors Monsieur le grand détective ?

-          Mais s’il sait, pourquoi…

-          Il est vieux, sa femme est morte, son frère est mort, sa belle-sœur s’est fait sauter par son propre fils dont il n’est pas tout-à-fait sûr d’être le père et vous, vous étonnez qu’il s’attache à moi et préfère faire semblant de ne rien savoir ? Je suis sa seule famille présentable et sa seule compagnie. La seule dont il peut essayer de se convaincre qu’elle n’est pas là que pour son argent.

-          Putain, vous êtes bien la fille de votre père !

-          Je prends ça pour un compliment !

Le rire qu’elle a eu en disant ça me paraissait d’un coup beaucoup moins élégant. Mais elle avait beau faire la fière, je savais quand même tout et je ne voyais pas bien comment elle espérait s’en tirer sur ce coup.

-          Allez, mon cher Jérôme, ne faites pas cette tête ! Vous n’êtes pas tout-à-fait une oie blanche, n’est-ce pas ? Vous ne devez pas être tellement surpris.

-          Vous ne vous en tirerez pas comme ça.

-          Allons… vous l’aimez, Victor, ça se voit. Ce n’est pas de me découvrir malhonnête qui vous attriste, nous le savons tous les deux ! Moi vous espériez juste éventuellement me sauter avant de partir. Mais lui, vous allez devoir choisir entre lui briser le cœur ou lui cacher la vérité et ça…

Salope.

J’en avais assez entendu. J’ai quitté sa chambre et je suis tombé nez à nez avec Victor qui se tenait là, devant la porte, droit comme la justice. Nous nous sommes regardé un moment. Il allait falloir que je lui dise. Merde, à son âge, est-ce qu’il pourrait en mourir ? Il fallait que je le fasse asseoir d’abord ? Je devrais peut-être le préparer progressivement. J’ai fait mine de commencer à parler et il a eu un regard… implorant. Avec un signe de tête presque imperceptible. Je me suis détourné et j’ai regagné ma chambre pour y ramasser mes quelques affaires. Grégoire m’a conduit à la gare. Nous n’avons pas échangé un mot, mais j’avais l’impression de sentir dans le rétroviseur son regard lourd de reproches peser sur moi.

 

Quelques jours plus tard, j’ai reçu une petite fortune, accompagnée d’une carte pré-imprimée : « Avec les remerciements de Mr Victor Laibrize. » J’ai reçu également un paquet contenant un genre de médaillon en bronze et une courte lettre : « Merci pour le service, mon JJ. Tu restes un de mes meilleurs atouts. A très bientôt, ton ami, Sam ».

 

 

 

Fin.

 

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Published by poupoune - dans JJ
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commentaires

Chris de Neyr 04/01/2010 13:26


Bon, en tant que lecteur très très occasionnel de séries noires ou autres policiers, je n'ai pas beaucoup de références en la matière. Mais sachez, chère Miss Poune, qu'en l'occurence votre short
novel m'a bien embarqué... (vous avez ce "ton" un peu XIXème je trouve, dans vos mises en situation, vos dialogues... et puis aussi, ce que j'apprécie, c'est qu'on sent que vous AIMEZ vos
personnages -et ça n'a pas de prix!)

PS: Hmm, et sinon il aurait pas pu coucher avec Appoline quand même...?? Même pas un 'tit peu?? J'dis ça, j'dis rien -mais j'aime bien quand deux personnes se retrouvent dans un lit à la fin d'une
histoire... même quand ça fait cliché (ça doit être mon côté midinette)


poupoune 04/01/2010 13:55


Vous devriez vous y mettre, mister de Neyr : un Ellroy ou un Lee Burke, ça vaut les plus grands romanciers du monde ! (Enfin... c'est un avis personnel)
Merci merci en tout cas, trèèèèès contente que ça vous plaise... et désolée pour la no-sex end, mais vous aurez sans doute noté qu'il n'y a déjà aucun cadavre dans cette histoire, alors j'allais
pas en plus y mettre une bluette, faut pas pousser ! J'ai une réputation à tenir, quand même...


stipe 01/01/2010 22:46


"Laibrize", fallait oser...
(oui, je n'ai lu que la dernière phrase. J'aime bien savoir comment une histoire se termine, mais tout ce qu'il y a à lire avant, j'aime pas trop, c'est long et plein de mots compliqués. Mais
"Victor Laibrize a un fils, comment il l'appelle ?", ça valait le coup !!)


poupoune 01/01/2010 22:57


Aaaaaaah ! je suis contente que tu l'aies relevée ! Tout en finnesse, t'as vu ?
(ouais, t'as bien fait. de toute façon t'as saisi le meilleur, alors ça valait pas le coup de te taper le reste. Et comme ça t'as lu une phrase de plus que les autres ;o))


Maximus Bob2boB 31/12/2009 14:39


r


poupoune 31/12/2009 14:41


r


Maximus Bob2boB 31/12/2009 14:39


Miss Poune, je parodierais volontiers Chris de Ney en vous disant que je n'ai pas le temps de me mettre au vert aujourd'hui mais (bon sang de bon sang!!) je reviendrai.... je reviendrai... (pas
plus tard que demain, tiens -histoire de bien commencer l'année (que je me permets d'ailleurs de vous souhaiter la plus... la moins... hmm bref, c'est vous qui voyez, quoi...)) ;o)
Quoi ? Si j'ai le droit.


poupoune 31/12/2009 14:41


bon ben à demain alos !
pis... plein de... 'fin... vala, hein, à vous aussi ;o)


Chris de Neyr 31/12/2009 10:40


Miss Poune, je parodierais volontiers Maximus en vous disant que je n'ai pas le temps de me mettre au vert aujourd'hui mais (bon sang de bon sang!!) je reviendrai.... je reviendrai... (pas plus
tard que demain, tiens -histoire de bien commencer l'année (que je me permets d'ailleurs de vous souhaiter la plus... la moins... hmm bref, c'est vous qui voyez, quoi...)) ;o)


poupoune 31/12/2009 13:19


bon ben à demain alors !
pis... plein de... 'fin... vala, hein, à vous aussi ;o)


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  • Je suis au-dessus de tout soupçon.
  • Je suis au-dessus de tout soupçon.

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