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16 décembre 2009 3 16 /12 /décembre /2009 10:09

 

Au commencement il y avait ça.



 

 

 J’ai commencé par vérifier comment la mallette avait pu être sortie du coffre. Une clé et une combinaison de 8 chiffres choisie par le client et connue de lui seul. Il y avait bien un double de la clé en cas de perte, mais qui ne servait à rien sans la combinaison. A moins de couper tout le système, mais l’opération nécessitait la présence de beaucoup de monde, y compris d’un représentant de l’ordre et c’est tout juste s’il fallait pas une commission rogatoire pour pouvoir lancer le protocole, alors ça semblait exclu. Soit le client était venu la récupérer lui-même, soit il avait filé la combinaison à quelqu’un. Le gars de la sécurité n’avait vu personne et les caméras de surveillance avaient été déplacées juste ce qu’il fallait pour qu’on ne voie rien.

Ça ne m’avançait donc pas à grand-chose, si ce n’est à la confirmation que la mallette avait effectivement disparu d’une façon pas très nette.

Je suis ensuite allé voir la chambre où le gus s’était envoyé la fille de… Putain ! Rien que d’y penser… La môme, je l’avais vue au procès de son père. Une blondinette aux joues roses et au teint frais. Une poupée. Dont il avait fait une poule. Si je tenais pas tant à mes genoux…

Hervé m’a envoyé la femme de chambre qu’avait constaté l’absence du client en apportant son petit déjeuner. Elle m’a ouvert la porte, m’a fait entrer, est entrée derrière moi et a sorti de sous sa jolie tenue de soubrette un flingue plus gros que ses avant-bras. Je pense qu’elle a commencé par m’insulter copieusement en portugais – à moins que ce ne fût du russe – et elle m’a demandé ce que je foutais là. Je lui ai retourné sa question, mais comme c’est elle qu’avait le flingue j’ai quand même répondu en premier. Quand elle m’a dit, avec son joli petit accent sexy, quoiqu’indéfinissable, « Alors je vais devoir te tuer », je me suis dit qu’il était temps de développer de bons arguments.

-         Ce serait dommage. On est là, tous les deux, dans cette superbe suite avec le lit à peine défait…

Tiens, oui, le lit était à peine défait.

-         Tiens, oui, le lit est à peine défait… tu l’as refait ?

-         Moi ?

-         Non, la femme de chambre… Ah oui, tiens, toi.

-         Ben non… mais qu’est-ce que ça peut faire ?

-         C’que ça peut faire ? Le mec est supposé s’être envoyé une pute… si y a eu de la gaudriole ici, au mieux c’était à la papa et je te garantis que c’est pas un truc pour lequel les hommes paient. Ou alors les tordus, mais ceux-là en général ils laissent un cadavre.

Elle avait à peine détourné son regard de moi. Sa prise restait ferme sur le flingue et elle ne s’est pas laissé distraire assez pour que je tente quoi que ce soit. J’ai voulu reprendre la parole mais elle m’a coupé la chique d’un « ta gueule » que j’aurais pu juger un brin agressif sans cet accent adorable. Elle a sorti un téléphone – incroyable tout ce qu’on pouvait faire tenir dans une tenue de soubrette – et a appelé tout en continuant de braquer arme et regard sur moi.

-         Il a fait venir un flic…

-         Détective.

-         Ta gueule !... Un détective… Je suis avec lui dans la chambre…

Ah cet accent ! « Je suis avec lui dans la chambre »… Dommage qu’il y ait eu ce flingue et cette tension entre nous.

-         Je sais pas… JJ ?...

Et merde…

-         Oui, on dirait... OK. Tu me suis, JJ.

-         Où tu iras j’irai.

-         Hein ?

-         Je te suis, oui. On va où ?

-         Ta gueule.

Pas causante ma soubrette exotique. Elle a vérifié que le couloir était vide et on est sortis rapidement pour aller vers ce qui ressemblait à une porte de placard. Et c’était un placard. Elle l’a ouvert et m’a poussé dedans. Il y faisait noir comme dans un four. Ou comme dans un placard, disons. Je l’ai entendu traficoter et elle a ouvert une porte au fond qui donnait sur un escalier. On se serait cru dans un passage secret d’un château. D’ailleurs, c’est sûrement ce que c’était, à bien y réfléchir. Ma soubrette autoritaire manquait un tout petit peu de vigilance dans sa façon de conduire son prisonnier, vu qu’elle ouvrait la marche et me tournait donc le dos, mais j’ai pensé que j’en apprendrais sûrement plus en la suivant qu’en me carapatant. Sans compter que je me serais sûrement paumé en cherchant la sortie et que je préférais encore prendre une balle plutôt que sécher dans un dédale.

On a fini par arriver dans un grand sous-sol, où j’ai reconnu facilement mon client disparu en la personne d’un type trapu à poil attaché mains en l’air avec du gros scotch – qu’il avait aussi sur la bouche, ce qui fait que je n’ai pas bien compris son « sgnourfgn » quand il nous a vu entrer. J’ai supposé reconnaître également la mallette perdue, posée ouverte sur une table et débordant de billets. J’ai logiquement pensé que la blonde qui comptait le fric était la pute. Quand elle s’est approchée de nous, j’ai vaguement cru retrouver dans ses traits ceux de la jolie gamine croisée au tribunal, à ceci près que l’innocence avait déserté son regard et que les ravages du temps, de la drogue et du malheur avaient eu raison plutôt deux fois qu’une de sa fraîcheur d’antan. J’ai détesté plus que jamais cet enculé de « la trique ». Quand elle a parlé, sa voix était rauque, presque caverneuse. C’était troublant dans un corps si frêle.

-         Combien il te paie ?

-         Pas assez. Pourquoi tu l’as laissé te faire faire… ça ? j’ai demandé en montrant le gros.

Elle a eu une espèce de rire sans joie.

-         Pourquoi une pute quitte pas son mac… tu te poses vraiment la question ?

Non. Bien sûr que non.

-         Je touche même pas une thune. Je suis comprise dans le prix de la chambre.

La soubrette est venue et lui a tendu le flingue.

-         Je dois retourner travailler. Qu’est-ce que je dis si ton père me demande pour JJ ?

Dans sa bouche, c’est marrant, le JJ me paraissait moins ridicule.

-         Dis que tu l’as laissé dans la chambre. Merci.

-         Oui, merci madame. Et si c’était possible d’avoir mon dîner dans ma chambre ce…

Elles m’ont fusillé du regard toutes les deux. L’heure était pas encore à la déconne. Je l’ai regardé partir à regret et j’ai repris :

-         Bon. Et c’est quoi ce pognon ?

-         T’es bien curieux pour un mec qu’a un flingue braqué sur lui, JJ.

-         Déformation professionnelle. Comment ça s’fait que tu te souviennes de moi ?

-         Le mec qu’a mis mon père à l’ombre ? Je bénis ton nom tous les jours ! Sauf que fallait pas le laisser sortir.

-         C’est le syst…

-         Ça va, ça va… me casse pas les burnes avec ces conneries. Comment tu t’es démerdé pour qu’il finisse par te tenir ?

-         Un peu mieux que toi on dirait… même si j’en suis pas fier non plus. Alors, ce fric ?

-         C’est le gros, là…

-         Schgnourfgn !

-         Ouais, ta gueule ! Un comptable ou un truc comme ça. Il apportait le pognon pour un deal que papa doit régler demain.

-         Drogue ?

-         Quoi d’autre ?

-         Et comment t’as fait pour qu’il te le file, ce fric ?

-         Il tient plus à sa vie qu’à ses genoux.

-         Ça se tient.

Un éclair de panique est passé dans ses yeux. J’ai compris pourquoi quand j’ai à mon tour entendu le bruit dans l’escalier. Quelqu’un venait. Elle m’a regardé l’air effaré.

-         Putain tu l’as amené là ?

-         Non, j’ai pas… merde ! L’accolade…

Elle s’est précipitée vers l’obscurité en me suppliant d’un ton à fendre l’âme :

-         Lui dis pas que j’suis là !

J’ai juste eu le temps de me retourner pour voir la porte s’ouvrir sur « la trique » et ses molosses. Il a vu son comptable et a tout de suite repéré le fric. Il est venu vers moi avec un air de vainqueur, a fait mine d’enlever une poussière dans mon dos. Un capteur. Je m’étais fait avoir comme un bleu. Il est allé prendre l’argent pendant que les gorilles détachaient le gros. Je donnais pas cher de ses genoux maintenant. Et puis il m’a fait signe de le suivre et on s’est dirigés vers la sortie.

-         On va condamner la pièce, maintenant. Et l’accès là-haut. Des coups à voir pulluler la vermine sinon. 

Je l’ai pas vue elle, mais j’ai bien vu briller le canon du flingue. Lui non. Il avait pas dû imaginer une seule seconde que les choses pourraient se passer comme ça. A-t-on jamais vu une pute dessouder son mac ? Une camée liquider son dealer ? Une fille abattre son père ?

Il n’a pas eu le temps de comprendre. Moi je n’ai pas eu le temps de m’écarter. Ensuite elle s’est approchée des cerbères et leur a annoncé qu’elle était la nouvelle patronne, mais qu’ils étaient libres de démissionner. Ils ont pas bronché. Le changement de direction paraissait pas les troubler.

-         Faudra condamner la pièce et l’accès.

Elle a dit ça en passant la porte sans un regard en arrière pour feu son père, dont j’avais des morceaux dans les cheveux. On l’a tous suivie. Je suis allé faire un brin de toilette dans la chambre que m’avait fait préparer « la trique ». Il s’était pas foutu d’ma gueule. Et il m’avait mis à disposition une garde-robe grande classe. Sa fille m’a rejoint un peu plus tard.

-         Merci JJ.

-         J’ai rien fait ma jolie.

-         Plus que tu crois… Combien tu veux ?

-         Pour m’être fait avoir par une femme de chambre et par le coup de l’accolade ?... C’est la maison qui régale, va !

-         Alors combien pour ton silence ?

-         Arrête…

-         JJ… j’y tiens.

-         D’abord, t’arrêtes de m’appeler JJ. Mon nom c’est Jérôme.

-         OK Jérôme. Et… ?

-         Je peux garder la chambre ? Ton père il avait dit…

-         Tout c’que tu veux Jérôme !

Elle a eu un rire qui a fait briller ses yeux un instant. Un court instant. Mais tout n’était peut-être pas perdu pour elle.

 

J’ai voulu inviter la soubrette pas commode à partager un verre, mais elle m’a gentiment envoyé chier. Assez peu gentiment, d’ailleurs, en fait. Du coup je me suis bourré la gueule tout seul. J’avais mangé trop d’olives et de cacahuètes pour pouvoir dîner après. Je suis retourné à ma chambre et je me suis affalé sur le tapis dans l’entrée, aussi moelleux et plus doux que le canapé de mon bureau qui me sert de plumard.

Y a pas à dire, l’hôtellerie de luxe, ça se connaît, hein… question confort, ça se pose là.

 

 

 

J’ai doublé mon « J » en clin d’œil discret à un simple « J. » que je vous invite à aller découvrir par là si vous ne le connaissez pas déjà.

 

 

 

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Published by poupoune - dans JJ
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commentaires

Cacoune 20/12/2009 16:06


Elle était bonne ta glace ? Par ce temps ?


poupoune 20/12/2009 17:11


c'est bon par tous les temps !


Chris de Neyr 17/12/2009 17:36


Oui c'est vrai (penaud), c'est un peu c'que j'voulais dire... mais (ragaillardi), primo: ce n'est que mon avis et de source sûr il ne fait autorité nulle part, uh uh uh (auto-dérisoire!) et
secundo: toi au moins tu finis tes histoires... (admiratif)


poupoune 17/12/2009 18:08



ah ben non, penaude donc pas ! ton avis compte, vicomte... enfin : dans la mesure où c'est le même que moi, quoi. Et puis là on est entre nous, c'est pas comme si des gens risquaient de savoir
que tu trouves mon histoire pourrie et qu'en plus tu le dis à tout le monde rien que pour me foutre la honte.
Alors pour la petite histoire, je vais retravailler un peu ce texte pour essayer de lui donner la "consistance" qui lui manque en l'état... mais pas sûre que je reverrai l'histoire - plutôt les
personnages. C'est à l'étude.
Voilà. Tu sais tout.
Maintenant, étant trop abattue par cette acerbe et fourbe critique, je vais aller me jeter sous le RER A.
Hein ? Une grève ? Meeeeeeeeeerde...
Bon, ben tant pis.
Vais aller manger un pot de glace et 200g de chocolat à la place. 



Chris de Neyr 17/12/2009 11:10


Rondement menée cette affaire (heu, tu m'en veux pas si je t'avoue que c'est un peu trop "rapidement" mené pour moi...);o)


poupoune 17/12/2009 15:33


rondement peut-être, "rapidement", sûr !! Me suis lancée sans savoir où j'allais, du coup j'ai bâclé le dénouement.
(c'est bien ce que tu voulais dire, hm ? ;o))


phil 17/12/2009 08:10


Solidement menée, cette histoire. Bravo.


poupoune 17/12/2009 09:52


merci !


stipe 16/12/2009 14:42


ils se sont reproduits !!
bon, vous me mettrez un membre de côté...

et c'est malin d'utiliser le mot "soubrette", du coup je bande depuis ce matin ! (oui, je sais, je sais...)


poupoune 16/12/2009 15:32


ah, 'scuse... j'étais pourtant sûre d'avoir écrit "salope".


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  • Je suis au-dessus de tout soupçon.
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