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14 janvier 2013 1 14 /01 /janvier /2013 23:55

 

J’ai emmené ma fille et sa copine à la piscine. Dimanche, comme tout le monde, si bien que le bassin grouillait de mômes déchaînés, de parents fatigués et de vieilles qui ne trouvent rien de mieux à faire que de venir simuler leurs exercices d’aquagym en même temps que la horde des mômes et parents précédemment évoqués, ce qui leur permet peut-être d’avoir l’impression d’appartenir toujours au monde des vivants mais leur assure, surtout, la possibilité de pester contre cette marmaille qui ne respecte plus rien je vous jure tout fout le camp.

Mais les gamins s’en foutent : ils barbotent joyeusement et ne semblent gênés ni par la foule, ni par le bruit, ni par quoi que ce soit d’ailleurs qui rend pourtant leurs parents dingues et prêts à butter un gosse au prochain coup de pied ou à la prochaine éclaboussure. Privilège du jeune âge. Ils riront moins dans quelques années quand ils emmèneront leurs propres gosses faire trempette le dimanche.

Pour ma part je vis plutôt bien la sortie dominicale à la piscine : j’aime l’eau et les enfants – pas tous, mais dans l’ensemble et de prime abord disons que je leur accorde le bénéfice du doute – alors c’est une corvée que j’aborde plutôt sereinement.

Avec deux gamines à surveiller au lieu d’une, j’étais peut-être un tout petit peu moins zen, mais ça allait. Elles ont passé au moins tout le premier quart d’heure à arpenter le bassin en long, en large et en travers par le fond, à la recherche d’un précieux anneau : en plastique, un peu lestés, ces anneaux font la joie des gamins qui les lancent et plongent les rattraper vite avant que le requin les attrape, mais s’ils sont mis à disposition de tous – les anneaux, pas les gamins – ils le sont bien entendu selon le principe du premier arrivé, premier servi, et il va sans dire que je ne fais jamais partie des premiers arrivés le dimanche matin, que ce soit à la piscine ou ailleurs. Les filles ont donc dû faire preuve de vigilance et de persévérance, mais elles ont fini par en récupérer un. Joie. Fierté. Mais dès leur second lancé, elles se le sont fait piquer par une vieille. Pas un gosse : une vieille. Qui avait déjà un autre anneau pour faire plonger son gamin, mais apparemment il lui en fallait deux. J’ai cru que les filles allaient pleurer. Alors je suis allée voir la vieille :

 

- Excusez-moi, les petites jouaient avec cet anneau, si vous vouliez bien leur rendre…

- Y a leur nom dessus ?

- Pardon ?

- C’est à tout le monde que j’sache !

- Oui, mais là en l’occurrence…

- Viens Kevin, on va jouer plus loin.

 

Et la vieille m’a plantée là, emportant son gamin et ses deux anneaux à l’autre bout du bassin. J’ai hésité un instant à aller sournoisement baisser son maillot pour faire diversion et lui reprendre non pas un, mais les deux anneaux, mais les gamines qui avaient assisté à la scène paraissaient plutôt amusées et, finalement, pas si perturbées que ça par la perte – que dis-je : le vol ! – de leur précieux anneau, alors j’ai laissé tomber. Privées d’anneaux, les petites sont rapidement allées chahuter dans les bulles – l’autre truc trop génial à faire à la piscine quand t’as pas d’anneaux et moins de dix ans. Elles riaient comme des petites folles quand la vieille conne est venue poser son Kevin au milieu du bouillon, dégageant les gamines par la même occasion. Elles ont eu un instant de joie en se disant que c’était le moment de récupérer les anneaux, mais elles ont déchanté en s’apercevant que pendant que Kevin buvait la tasse dans leurs bulles, sa mère tenait bien fermement leur anneau dans sa grosse paluche, dans l’hypothèse où à un moment ou un autre de leur matinée ludique il reprendrait à son rejeton l’envie de jouer avec. Cette fois, j’ai bien senti dans le regard qu’elles m’ont adressé qu’il fallait que j’intervienne. Je me suis approchée lentement de la vieille, histoire de me donner le temps de réfléchir à la meilleure stratégie à adopter avec cette conne. Inutile de faire valoir le droit de tous les enfants à une part de bulles, j’entendais déjà le « Vous avez réservé peut-être ? » qu’éructerait la mégère, alors je cherchais quelque chose de plus fin pour venger mes petites protégées… et l’idée est venue d’elle-même, lumineuse. Je me suis postée près du gosse avec ma plus belle tête d’innocente et mon air de rien, j’ai attendu quelques secondes que les choses se fassent, et j’ai joué ma scène avec toute la force de conviction que seuls les gens de mauvaise foi savent déployer :

 

- Ah ! Mais c’est dégoûtant ! (regard accusateur à Kevin) C’est TOI qui a fait ÇA ?! (doigt pointé sur l’objet du délit : une jolie petite selle bien moulée, de taille suffisante pour être bien visible, sans être trop grosse pour rester crédible… j’aurais voulu le faire exprès que je n’aurais sans doute pas mieux fait).

 

Regard mortifié du gosse, cris et panique dans le bassin. Comme le petit n’était pas directement responsable de mon agacement et que je ne suis pas totalement favorable à l’humiliation gratuite d’un enfant, j’ai vite rectifié le tir :

 

- A qui est cet enfant ? Qui sont les parents ?

 

Visage cramoisi de la vieille que je sentais sur le point de renier sa progéniture, alors j’ai pris les devants avant qu’elle se carapate :

 

- C’est le vôtre, Madame ? Ah ben bravo ! A l’âge qu’il a, on voit le genre d’éducation qu’il a dû avoir, je vous félicite !

 

Le bassin était presque vide. J’avais lâché Kevin qui, lui, n’avait eu aucun remords à abandonner sa mère. Ne restaient plus que la vieille, au bord des larmes, incapable du moindre geste et de la moindre parole sous le regard réprobateur des parents et maître-nageur qui l’attendaient de pied ferme sur le bord du bassin, moi, et mes deux gamines pétées de rire.

Je les ai sorties de l’eau de mon plus bel air offusqué en fulminant :

 

- Venez les filles, à cause de la dame on est obligées de sortir ! Ah je vous jure ! Mes pauvres chéries…

 

Je ne me suis pas éternisée pour assister à la sortie honteuse de la vieille, j’étais déjà pleinement satisfaite de ma revanche et les filles aussi, toujours mortes de rire.

Celle-là au moins, sans mauvais jeu de mots, elle ne risquait pas de me refaire chier de sitôt.

 

Ah si, finalement, c’est un mauvais jeu de mots…

 

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Published by poupoune - dans inspirationS
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commentaires

caro 17/01/2013 23:54

extraordinaire, je souriais déjà avec le titre...

poupoune 19/01/2013 00:40



ça a bien fait marrer ma fille aussi ;o)



Oncle Dan 15/01/2013 22:11

La conne, la conne, la conne. Ah ! La conne !

poupoune 19/01/2013 00:39



Ah mais ouais, mais quelle conne !



Walrus 15/01/2013 15:45

Ce sont les bulles du nouvel-an qui t'ont inspirée ?

poupoune 19/01/2013 00:39



C'est vrai que c'est festif... ;o)



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