poupouf

Mercredi 30 juin 2010 3 30 /06 /Juin /2010 22:47

 

Je fais partie de ces femmes que l’amour fait maigrir et que la déprime fait grossir. Mais le genre d’amour qui fait fondre comme neige au soleil – ou comme graisse au barbecue – n’est pas cet amour pépère fait de bonne entente, d’intérêts communs, de projets réalistes, de disputes gentilles et de soirées télé. Ben non. L’amour coupe-faim, c’est l’amour passion d’adolescente attardée, qui chaque jour ramollit les jambes sous l’effet combiné de l’espoir et de l’angoisse de ce que sera le lendemain. Autant dire que c’est exactement ce genre d’amour qui mène inévitablement à la bonne grosse déprime. Laquelle déprime, donc, fait grossir.

Vous me direz qu’au final, on s’y retrouve… si seulement ! Mais on maigrit beaucoup moins d’amour qu’on ne grossit de déprime, sans quoi tout cela ne serait qu’une histoire de yoyo ordinaire comme toutes les femmes en connaissent en passant des choucroutes d’hiver aux salades d’été et vice-versa. Et, cela va sans dire, les déprimes post-histoire d’amour sont toujours infiniment plus longues que les histoires d’amour en question. A se demander d’ailleurs si, finalement, les histoires d’amour ne sont pas que de courtes pauses dans la déprime. Mais là n’est pas le propos.

Pour ne parler que de ce que je connais et, donc, de mon expérience personnelle, la déprime pèse exactement deux fois plus lourd que l’amour. Vous me direz que c’est normal, vu que l’amour se doit d’être léger, sauf que ce ne sont pas les amours légères qui vous plombent le plus sûrement le moral, mais bien au contraire ces amours lourdes de promesses intenables et d’attentes illusoires. Il n’y a donc aucune logique dans cette affaire, mais bien malgré tout une mécanique implacable et cruelle.

 

Que faire alors pour ne pas cumuler le chagrin d’un amour finissant et l’angoisse d’un cul grossissant ?

 

Les plus radicaux vous diront de troquer votre régime pizzas / frites contre une alimentation légumes vapeur / œufs durs, mais eux n’ont jamais vécu la vraie déprime post-échec sentimental. Aucune courgette, même grillée à l’huile d’olive, n’aura jamais sur un chagrin d’amour l’effet d’une portion de frites grasses. Non, vraiment, la courgette, dans ce contexte, je vous conseillerais plutôt de vous la mettre exactement où vous pensez et ce ne serait même pas pour vous être désagréable : c’est bien le seul endroit où elle pourrait vous être d’un quelconque réconfort.

Quant au sacro-saint sport que les prêcheurs de saines paroles ne manqueront pas de vous recommander, il ajoute la fatigue à la déprime et donne la dalle.

 

« Alors quoi ? me direz-vous… Suis-je donc condamnée à m’enticher de types qui ne sont pas pour moi, à fondre d’amour déraisonnable puis à enfler plus que proportionnellement de désamour et ça, aussi longtemps que je serai femme ? »

 

Oui.

 

 

(Evidemment, il ne vous aura pas échappé que dans ce texte, seules quelques amours sont mortes et encore : je ne les évoque qu’à peine… alors oui, bien sûr, j’avais bien pensé suggérer aux dépressives amoureuses (ou l’inverse) de soigner le mal à la racine et de s’attaquer non plus aux conséquences (à coup de courgettes et de course à pieds), mais aux causes (à coup de pieds dans les couilles du prochain prétendant, pour commencer), mais… bof. Je ne pleure plus vraiment un amour, mais plutôt ma silhouette perdue, alors…  je ne sais pas. Ou c’est la chaleur peut-être….)

 

 

 

 

Par poupoune - Publié dans : poupouf - Communauté : L'Essaim d'Esprits
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Mercredi 16 juin 2010 3 16 /06 /Juin /2010 00:38

 

mickey.jpgOn ne peut pas être un bon parent, quand on n’est ni pauvre ni domicilié à plus de 100 kilomètres de Disneyland, si on n’y emmène pas sa progéniture au moins une fois. Du moins pas si la progéniture en question en a fait la demande, les yeux pleins de cet espoir teinté d’angoisse qui fend le cœur de toute personne qui en est pourvue (d’un cœur). J’entends déjà s’élever les objections, mais non. N’essayez pas de vous trouver des excuses dont vous savez très bien qu’elles ne vous rachètent même pas à vos propres yeux. Reconnaître ses manquements éducatifs est le premier pas vers une parentalité moins négligente.

Bien.

Je passe rapidement sur les étoiles dans les yeux de ma propre descendance, que j’avais cru élever au rang d’intellectuelle cultivée et raffinée, ainsi que sur les quelques répliques d’une banalité hélas affligeante qu’elle m’a assénées (« mais c’est un rêve, dis-moi que je rêve », « c’est la plus belle journée de toute ma vie »).

Je ne m’appesantirai pas non plus sur ma légère déception – la mienne, oui oui – en découvrant un chapelier fou qui ne ressemblait pas du tout à Johnny Depp. Même pas le chapeau. Rien.

Enfin, je ne dirai pas un mot de la façon dont j’ai, dans les boutiques, cédé à trois reprises au regard ci-dessus cité, le fameux « maman-dis-pas-non-tu-peux-pas-faire-ça-regarde-ma-lèvre-tremble-et-mes-yeux-mouillent ».

Non.

En revanche, il faut que je vous parle des belges. Pas des belges en général, avec leur meilleure bière du monde, leur plat pays et leurs velléités séparatistes. Non, bien sûr. Seulement des belges que j’ai croisés aujourd’hui chez Mickey. Et encore, même pas tous. Juste ceux qui attendaient à côté de moi l’arrivée de la parade.

Parce que oui, j’ai attendu la parade, mais si vous aviez vu ce regard brillant d’émotion et de reconnaissance qu’a eu ma fille après que la quasi-totalité des princesses a passé près d’elle en lui souriant, vous la ramèneriez moins.

Mes belges, donc.

Sincèrement, j’aurais préféré qu’ils soient suisses ou alsaciens. J’ai une tendresse particulière pour la Belgique – et je ne dis pas ça (que) pour les quelques wallons et flamands qui arrivent à cohabiter ici et me font l’honneur de me lire. Mais hélas le beauf est apatride et bien que ça me désole cet échantillon était belge.

Un couple, trois enfants, une grand-mère.

Les enfants avaient un comportement normal d’enfants attendant une parade chez Mickey. Rien à dire.

Les parents… Les parents.

Lui, pas gros : énorme. Mais anormalement énorme. Comme un type corpulent, mais sans plus, avec une chambre à air de tracteur autour du ventre. Un truc qui semble bouger indépendamment du reste du corps. Comme une excroissance vivante et autonome.

Elle, grosse. Sans doute très grosse, mais à côté de lui, bof.

Vous me direz qu’il ne faut pas juger sur le physique et je vous dirai que vous avez raison, mais quand le physique est tellement raccord avec le comportement, est-ce vraiment mal d’en parler ? Et puis là, je ne juge pas : je décris, hein…

La grand-mère… comme une grand-mère. Je ne sais pas de quel gros elle était la mère, mais celui qui était sorti un jour de son ventre pouvait désormais la contenir deux fois.   

Tout ce petit monde a passé la vingtaine de minutes pendant lesquelles je me tenais à proximité à brailler sur les gosses qui, je le rappelle, se comportaient très normalement – et pourtant, après plus de six heures déjà au pays du bonheur sans partage au milieu de hordes d’enfants excités, je peux être rapidement agacée par le comportement déviant de quelque moufflet agité, mais là, non – et, entre deux éructations, les gros et la vieille devisaient avec sérieux et animation au sujet de leurs improbables colliers de pin’s. Oui. J’ai bien dit « colliers de pin’s ».

Le pin’s… Vous vous souvenez ? Et bien ils en avaient des colliers – que dis-je : des guirlandes entières autour du cou. Des pin’s Mickey, bien sûr. Toute la collection, piquée sur un genre de gros ruban épais. Et ils comparaient, échangeaient, les retournaient pour lire derrière (?), sortaient les autres du sac (les autres !!! Ils en avaient d’autres – des guirlandes de pin’s – pour offrir !) et ils arboraient ces décorations (en vente, donc, je suppose, au moins dans le monde merveilleux de Mickey) autour de leurs cous. Leurs cous. Pas ceux des enfants sur qui ils beuglaient à intervalles réguliers.

Entre une considération sur le pin’s « château de la belle au bois dormant » et quelques slurps avec leurs pailles dans leurs sodas, ils balançaient des horreurs aux gosses. Bon : je dis des horreurs, mais c’est parce qu’on était au pays des gens heureux en train d’attendre la parade féérique des rêves merveilleux et que ça grouillait bien évidemment d’enfants aux yeux brillants (se reporter ci-dessus pour la description dudit regard), alors dans ce contexte le moindre « ta gueule » passe pour une monstruosité sans nom, mais même dans le métro près des stations qui tutoient la banlieue ça me chagrine toujours un peu. Bon, c’est une image, hein : vous ne me verrez jamais aussi près du périph’, que ce soit en métro ou autrement, mais vous voyez l’idée.

Bref.

Tout ça pour dire que malgré la jolie musique diffusée en boucle depuis 10 heures du matin, malgré les douces teintes acidulées de cet univers mirifique, malgré les sourires un peu figés, mais tellement affables du personnel, malgré les étoiles dans les yeux des enfants (voir ci-dessus), malgré Mickey, Minnie et tous leurs formidables amis, malgré tous les efforts déployés par tout le monde pour que règnent en ce lieu paix, joie, harmonie et douceur de vivre, j’ai bien eu envie de lui crever sa bouée ventrale à coups de pin’s, au gros. Et d’étrangler sa grosse avec sa guirlande. La vieille ? Je l’aurais étouffée sous les corps des deux autres.

Une chance : à l’instant précis où je me levais pour commencer ma plantation de pin’s dans la bedaine du gros, le regard de ma fille s’est éclairé un peu plus encore (voir plus haut) en voyant apparaître au loin le premier char de la parade magique des rêves fabuleux et enchanteurs. S’en est fallu de peu que je leur salope tout leur bonheur sans partage en y collant des bouts de wallon éviscéré.

Merci Mickey, Minnie, Tic, Tac, Blanche-neige, Dingo, Cendrillon et tous vos amis merveilleux.

 

 

 

 

 

Et pour ceux qui en veulent encore, je recommande vivement la lecture du témoignage poignant de Marcus K7 qui partage avec émotion et sensibilité son propre souvenir ici. Merci à lui.

 

 

 

Par poupoune - Publié dans : poupouf - Communauté : L'Essaim d'Esprits
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Jeudi 10 juin 2010 4 10 /06 /Juin /2010 09:02

 

« Top erection drug store »

 

C’est le dernier en date des nombreux messages que je reçois quotidiennement et qui me proposent mille et une solutions alléchantes pour me gonfler la bite.

Franchement, ça fait rêver. Tous les matins, j’ouvre ma boîte et je découvre avec gourmandise une foule de sauveurs de sexualité mollassonne, prêts à me vendre le secret d’un pénis non seulement plus long et plus large, mais aussi plus performant et endurant, tout ça pour une bouchée de pain rassis. Le bonheur n’est ni dans le pré ni simple comme un coup de fil, il est là, soigneusement rangé dans ma boîte à spams, simple comme un clic qui changera à jamais ma vie sexuelle.

 

Mais la vie est décidément injuste et cruelle… Toutes ces délices à portée de souris et moi qui n’ai pas de bite. Life sucks. Moi non, du coup.

 

 

 

 

 

 

 

 

Par poupoune - Publié dans : poupouf - Communauté : L'Essaim d'Esprits
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Jeudi 13 mai 2010 4 13 /05 /Mai /2010 14:00

 

c1028mCe n’est pas parce que c’est l’Ascension que vous êtes obligés de vous sentir légers, c’est pourquoi je vous encourage à aller faire une petite visite courtoise aux Amuses Gueulent : sur une gentille invitation de Martine Frangipane et Bertrand Gigot, je leur ai livré en toute impudeur le secret, jusqu’ici jalousement gardé, de mon inénarrable joie de vivre.

 

Je parle bien entendu de ma fameuse recette du bonheur.

 

Je ne saurais trop vous conseiller, quand vous serez là-bas, d’en profiter pour flâner un moment et découvrir les perles culino-littéraires qui s’offrent aux lecteurs exigeants et aux papilles sensibles.

 

Bonne lecture et bon appétit.

 

 

 

 

 

Par poupoune - Publié dans : poupouf
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Mercredi 12 mai 2010 3 12 /05 /Mai /2010 01:37

 

Ce qu’il y a de bien avec la vie en général et les gens en particulier, c’est qu’ils sont pleins de surprises pour qui sait se ménager une  part de naïveté. Et de toute évidence j’en ai une, quant à moi, fort bien préservée.

Depuis bien longtemps - je serais tentée de dire depuis toujours, mais ce ne serait pas rendre justice aux quelques aventuriers qui m’ont à l’occasion honorée de leurs prouesses plus ou moins convaincantes au lit - j’appartiens peu ou prou à la catégorie de celles qu’on appelle les mal-baisées. Les pas-assez-baisées serait probablement plus juste, mais le terme est moins usité.

Ce n’est pas tant que je ne voudrais pas, mais… passons, mon propos n’est pas de décortiquer les raisons profondes de mes affres sentimentales et sexuelles, mais bien plutôt d’en évoquer les palliatifs. Du moins ceux que j’ai trouvés pour le sexe, parce que pour ce qui est des sentiments… je ne suis pas là pour faire de la pseudo-psychologie de bazar, mais pour aborder des questions pratiques : comment, lorsqu’on est un répulsif à mecs, peut-on malgré tout tirer un coup de temps en temps avec un partenaire humain, vivant, et consentant ?

Une petite précision avant d’aller plus avant : quand je dis « répulsif à mecs », je fais plus allusion à un problème comportemental et relationnel qu’à une bonne vieille disgrâce physique majeure. Sauf à me méprendre gravement sur la perception que j’ai de moi-même, je ne crois pas être physiquement repoussante et je ne parle donc, ici, que de ce que je connais.

 

Comment, donc, se faire sauter quand on est sentimentalement incapable ?

 

De nos jours, c’est soi-disant d’une simplicité enfantine - même si, s’agissant de sexe, l’emploi du terme « enfantin » me gêne un brin - et il suffirait, paraît-il, d’aller dans un bar déguisée en bonne grosse chaudasse, de choisir sa cible - allez : disons une cible principale et un plan B au cas où - et… et je ne sais pas. Personnellement je n’ai jamais pratiqué ce genre de chasse à l’homme et j’ignore totalement comment on peut bien s’y prendre.

Mais ce n’est pas un problème. Et ben non. Parce que de nos jours, il y a internet et les sites de rencontres… Vous êtes déjà allés sur un site de  rencontres ? Alors pour commencer, il y a les photos. Entre 75 et 90% des photos expliquent à elles seules le recours du modèle au site de rencontres : c’est la foire aux thons. Je ne suis pas certaine d’être forcément bandante en photo, n’empêche que je n’ai pas envie de sexe au point de m’envoyer un thon.

Les moches, c’est pas grave quand il y a autre chose. Quand on peut dire « oui, mais il est gentil », ou « drôle », ou « très intelligent », ou… bref, vous savez bien. Pour une simple affaire de sexe, il faut que l’emballage fasse envie, ce qui élimine déjà bon nombre de candidats. Ensuite, sur les sites de rencontres, on ne propose jamais du sexe. L’argument commercial de base est l’amour. Alors certes, faudrait être stupide et plus naïve encore que je ne le suis pour croire qu’il n’y traîne que des cœurs purs en quête de grands sentiments, mais il est toutefois de bon ton de faire semblant. Les hommes en tout cas se sentent obligés de faire semblant. Bien sûr à des degrés variables, les plus audacieux allant jusqu’à avouer qu’ils ne cherchent qu’à « partager de bons moments de détente et plus si affinités », mais aucun n’annoncera clairement qu’il a juste envie de sexe. Du coup, c’est du boulot de faire la part des choses pour dégoter les candidats éligibles. Sans compter qu’après, il faut encore les ferrer. Parce qu’il faut savoir une chose : un homme qui veut tirer sa crampe, c’est… un homme. Une femme qui veut se faire sauter, c’est… ben vous savez bien, hein, vous l’avez déjà pensé au moins trois fois depuis le début de votre lecture. Et ce n’est pas parce que c’est exactement ce qu’il cherche que pour autant il aimera qu’elle se présente comme telle. Il faut donc encore savoir se montrer charmante, mais réservée, pas farouche, mais pas dévergondée non plus et, le plus difficile, réussir cette prouesse de ne pas passer pour une folle du cul, tout en n’ayant surtout pas l’air d’espérer obtenir un deuxième rendez-vous. Pas facile facile.

Et le risque de plantage, entre les photos bidonnées, les baratins réussis et les interprétations approximatives, est énorme. Quand on sait par ailleurs qu’avant de pouvoir arriver à l’éventuel premier rendez-vous, il faudra obligatoirement payer à un moment ou un autre, c’est un investissement en temps et en argent dont la rentabilité est extrêmement incertaine.

 

On finit par penser qu’il ne reste plus qu’à composer avec le manque et ce bon vieux rabbit. Mais on se trompe. Non : on fait toujours bien de composer avec ce bon vieux rabbit (enfin, c’est ce qu’on m’a dit, hein…), mais pour ce qui est du manque, il reste une solution. Je ne saurais plus bien dire ce qui m’a amenée à cette idée-là - le désespoir, très probablement - mais je dois dire qu’une fois que je l'ai mise en pratique, j’ai regretté toutes ces longues traversées du désert qui avaient jalonné ma vie sexuelle et au cours desquelles j’aurais presque pu payer pour me faire sauter.

J’ai vendu mon corps. A des hommes. Je me suis prostituée. J’ai fait la pute. Oh, pas sur un trottoir dans une ruelle sordide puant la pisse et la gerbe, hein. Non. Je n’avais pas besoin de vendre du sexe pour vivre, seulement pour retrouver une activité sexuelle au moins occasionnelle. Alors j’ai fait ça très proprement, sur internet. C’est incroyable tout ce qu’on peut faire à partir de son ordinateur. Non seulement tout est très bien fait pour qu’on se sente en sécurité, mais en plus c’est autrement plus efficace que les sites de rencontres et la dragouille de boîte de nuit ! Déjà, impossible d’être bredouille : les femmes rechignent à se vendre, tandis que les hommes aiment payer pour le sexe, c’est comme ça. Du moins ceux qui ne veulent vraiment que ça et l’assument. Dès lors qu’ils payent, ils se savent dédouanés de l’affect et ils en dédouanent naturellement la femme qu’ils veulent sauter. Et bizarrement, ils n’attendent pas nécessairement de la femme qu’elle soit anormalement belle, exceptionnellement perverse ou les deux à la fois. Certains si, évidemment, et il y a des tas de femmes qui offrent toutes sortes de prestations, les vraies professionnelles du sexe, mais il y a un marché très ouvert pour les amateurs, où les hommes veulent juste tirer un coup traditionnel, avec une femme qu’ils auraient pu rencontrer tout seuls sans les difficultés évoquées plus haut et avec, peut-être, quelques inhibitions en moins compte tenu de la nature commerciale de la relation.

Franchement, la moitié des mecs qui ont payé (cher) pour me sauter m’auraient eu à l’œil s’ils avaient proposé. Au lieu de ça, non seulement je me suis fait des couilles en or (vos couilles en or, messieurs, si vous me permettez ce bon mot tout en finesse), mais en plus j’ai enfin découvert ce que voulait dire « épanouissement sexuel ». Je n’ose imaginer ce qu’aurait été ma vie si j’avais découvert ce filon plus tôt, à cet âge où on se croit délurée parce qu’on dit « bite » à la place de « sexe » dans les « discussions débridées » qu’on a avec les copines. A cet âge, surtout, où on a physiquement une endurance et une énergie qui démultiplient le champ des possibles au lit. Et de longues années devant soi pour les explorer tous.

Mais je n’ai pas commencé très jeune et je vieillis déjà. Je ne me sens pas flétrie et certainement pas rassasiée, mais je ne résiste plus à la concurrence. Je sais qu’il y a même dernièrement des clients qui m’ont choisie parce que l’offre reste encore très inférieure à la demande et que, faute de mieux, je faisais encore à peu près l’affaire. Je vis mes dernières transactions. Il y a bien un marché pour les amateurs de vieilles, mais psychologiquement c’est un peu rude. Alors je soigne ma sortie. Je voudrais éviter le coup de trop, pour autant je n’ai pas envie de me retirer tête basse - la queue entre les jambes, si vous me permettez encore un bon mot tout en finesse. Certains de mes anciens clients fidèles qui sont déjà passés à plus jeunes m’ont toutefois gardé un soupçon de tendresse, cette tendresse du miché pour sa pute habituelle. Parfois même la tendresse des premières fois : j’ai été pour certains d’entre eux leur première expérience de sexe payant.

Mais quand je réfléchis à tout ça, avec le recul… pourquoi les hommes ont-ils ce besoin d’asservir la femme, d’en faire leur chose, leur marchandise qu’ils ont payée et dont ils peuvent donc disposer à loisir pour simplement la sauter ? La plupart de ces types avec qui j’ai couché étaient très normaux. Gentils, même, pour certains. Et aucun n’a exigé de moi quoi que ce soit d’extravagant que j’aurais pu n’accepter que pour l’argent. Je n’ai couché avec aucun homme répugnant ou violent. Très peu avec qui j’aurais beaucoup hésité avant de dire oui juste pour le plaisir. Je n’ai rien fait d’ailleurs qui ne serve pas avant tout mon plaisir. L’argent et le plaisir des clients n’étaient finalement que secondaires.

Alors pourquoi a-t-il fallu qu’ils me rabaissent à l’état de marchandise ? Leur fierté et leur assurance ne passent-elles vraiment que par l’humiliation de leur partenaire ?

 

Ils ont assouvi les désirs de mon corps, mais souillé mon âme.

 

Et ils achèvent de m’humilier en ne venant plus à moi. Alors c’est moi qui vais les chercher.

Je ne casserais pas les prix pour de nouveaux clients - on a sa fierté, même avec les seins qui commencent à tomber - mais une opération du type « liquidation totale avant fermeture », « grande braderie avant cessation d’activité », c’est différent.  

Trois de mes anciens habitués sont déjà venus. J’ai encore deux rendez-vous prévus. Les autres n’ont pas encore répondu, mais je n’en suis qu’à ma première campagne, je n’ai pas commencé la surenchère promotionnelle.

Le premier, je l’ai tué très simplement et très rapidement d’un coup de couteau de cuisine. Le deuxième, je l’ai étouffé. Il a mis longtemps avant de se débattre ; il a dû penser que pour la dernière, je lui sortais le grand jeu tendance sado-maso. Le troisième, je l’ai attaché, comme il me le demandait souvent. Et je l’ai bâillonné - sans qu’il demande, ça. Du coup, lui, j’ai pris tout mon temps pour lui faire payer ses humiliations à répétitions… je crois qu’il a demandé pardon, mais je ne suis pas sûre, avec le bâillon. Quelle lavette. Infoutu d’assumer sa position de mâle conquérant et possesseur à la première difficulté. J’attends le prochain dans moins d’une heure. Juste le temps d’aller mettre celui-là avec les autres dans le bureau et de nettoyer un peu.

Si tout se passe comme prévu, en deux ou trois jours maximum j’aurai à peu près lavé les outrages qu’ils m’ont fait subir et je pourrai m’envoler vers une quelconque destination paradisiaque où je disparaîtrai gentiment pour dépenser enfin leur argent.

 

 

 

 

Par poupoune - Publié dans : poupouf - Communauté : L'Essaim d'Esprits
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c'est qui ?

merci

pour la bannière à Jérôme, l'homme aux mille talents !

J'y passe du (bon) temps

c'est pas moi qui le dis...

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