Mardi 19 octobre 2010
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Je suis coiffeuse. Et replète. Non, il n’y a pas de rapport, mais c’est pour vous expliquer. On dirait pas, comme ça, je sais, mais en
fait, figurez-vous que j’ai beaucoup, beaucoup grossi ces derniers mois. Tenez, regardez, vous voyez, ça ? Ben ça n’était pas là il y a six mois de ça ! Non, je fais du gras, c’est sûr…
Mais à mon âge, si je commence à me laisser aller, hein… Hm ? Ah, oui. Cette histoire… Bon. Donc je suis coiffeuse. Un petit salon, hein, alors je suis souvent seule, vous voyez ? Et en
ce moment, comme je vous expliquais, je suis un peu en souci avec mon léger surpoids – si, si, je sais – alors je fais une sorte de régime où on mange que d’un même truc tout le temps, vous
savez ? Par exemple un jour on mange un bœuf, le lendemain une pomme, le jour d’après un… comment ? Oui, j’y viens ! Mais si j’explique pas, vous allez pas comprendre et après
faudra tout que je rexplique ! Bon… où j’en étais ? Ah oui ! Le régime… Pour bien mettre toutes les chances de mon côté, je bois de la tisane minceur. Ils disent sur la boîte 3 ou
4 tasses par jour, mais moi je mégote pas, hein, sinon ça sert à rien, alors j’en bois deux litres et demi. Bon, c’est pas pour l’effet que ça fait… c’est surtout dans la tête, tout ça,
hein ?... D’un autre côté, j’ai commencé mon régime hier, alors peut-être que… hm ? Oui. Si, si, ça a un rapport. C’est que je sais pas si vous buvez beaucoup de tisane, vous, minceur
ou pas, mais si y a bien un truc qu’est pas dans la tête, c’est que ça fait pisser – mon dieu ! – des seaux et des seaux ! Alors faudrait tout le temps que j’aille aux cabinets, mais
dans mon métier vous imaginez bien que c’est pas possible… Déjà, on lâche pas une cliente au beau milieu d’une coupe, c’est pour ainsi dire une faute professionnelle, et puis comme je vous ai
dit, le salon est petit. Y a pas de toilettes. Alors moi, pour aller me soulager, ben c’est pas une mince affaire. Déjà, faut que je ferme la boutique, hein. Derrière et devant. Après, faut que
j’ouvre la porte de l’immeuble à côté. Y a un code ET une deuxième porte avec une clé. Ensuite, deux étages à pied dans un escalier qui tourne et pour finir, deux serrures pour ouvrir la
porte de l’appartement où je peux enfin faire mon pissou. Quand j’ai fini, pareil à l’envers. Et c’est que ça prend du temps, tout ça… sans compter qu’il faut que je trouve le bon moment. Bon,
avec un métier pareil, on s’assouplit bien un peu de la vessie, à force, mais là, j’ai joué de malchance… J’avais la permanente de madame Grivoux à 11h, mais elle est arrivée un peu en retard, du
coup j’ai pris madame Dejean en retard aussi, forcément. J’ai bien essayé de faire vite, mais madame Roulier est arrivée en avance et moi j’étais à ça de faire sous moi. Alors bon, je ne devrais
pas vous le dire, mais j’ai craqué et après madame Dejean j’ai laissé madame Roulier toute seule dans la boutique le temps d’aller faire pipi. Oui, voilà, c’est dit : j’ai pas respecté le
règlement. Mais j’ai fait aussi vite que j’ai pu. Surtout à l’aller, hein...
Alors oui, bien sûr, dans ma précipitation, il n’est pas totalement impossible que j’aie par mégarde quelque peu bousculé le petit
Rayan… Hm ? Kevin ? Oui, bon, comme vous voulez… Mais franchement, monsieur l’agent, mettez-vous à ma place ! Pardon ?... Monsieur le commissaire ? Ah d’accord… Mais vous
ne pouvez tout de même pas me blâmer d’avoir répondu à un appel pressant de la nature ! Evidemment, si j’avais su qu’il était si léger, ce gosse… Mais ça non plus, c’est pas ma faute !
Qu’est-ce que j’y peux, moi, s’il a valdingué comme d’un rien par-dessus la rambarde pour aller s’écraser deux étages plus bas ?! D’ailleurs, vous voyez, hein, c’est exactement ce que je
vous disais : apparemment je lui aurais mis un coup de fesse, mais j’ai rien senti, moi ! Oui, non, y a pas à tortiller : je fais du gras, c’est sûr… alors vous voyez, pour ce
régime, hein, ben j’ai bien raison !
Merci Laurianne !
c'est pas moi qui le dis...